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A VALIDER

Compte rendu de l’ouvrage "Le Milieu de nulle part", de Philippe Bazin et Christiane Vollaire (Créaphis Éditions, 2012)

« Produit conjoint d’un travail photographique et d’un travail philosophique de terrain », effectués en juillet 2008 dans des centres de rétention ou d’hébergement en Pologne, ce livre est né de la volonté de montrer l’irrationalité et le caractère foncièrement destructeur des politiques d’immigration contemporaines. L’unité qui résulte de l’articulation de ces deux travaux, cependant, ne réside pas dans un rapport d’illustration, où la photographie serait au service du texte, pas plus que dans un rapport de théorisation, où le texte aurait pour tâche d’expliciter une théorie sous-jacente aux images.

La proposition faite par cet ouvrage repose en effet sur l’idée que c’est la différence radicale qu’il y a entre le texte philosophique et l’image photographique qui rend possible un assemblage qui, précisément parce qu’il n’est pas de l’ordre de la répétition, permet d’approfondir et d’interroger chacun des deux : le texte par l’image, et l’image par le texte. Unité dynamique ou chiasme, donc, que l’on peut lire à même la répartition des objets, le texte se concentrant sur la parole des personnes interrogées (à partir d’entretiens réalisés avec cent cinq réfugiés), là où les photographies donnent à voir les lieux de leur détention.

Mais à chaque fois, il s’agit d’une même visée : rendre « visible » par les photographies de Philippe Bazin, « audible » par le texte de Christiane Vollaire ce que les politiques migratoires européennes vouent à la clandestinité ou l’invisibilité, c’est-à-dire, en fait, à l’inexistence publique et politique. D’où, du côté de la photographie comme de l’écriture philosophie, le choix de refuser un certain mode de représentation médiatiquement dominant, et qui vise justement à occulter la violence de la situation qui est celle du réfugié.

Le projet

Du côté de la photographie, le refus d’une image qui, comme c’est le cas dans la logique du photojournalisme ou de la photographie humanitaire, relèverait du « reportage » visant à « illustrer » des informations mais aussi et surtout à émouvoir et apitoyer, c’est-à-dire en fait à naturaliser et dépolitiser ce qui est pourtant le résultat de rapports éminemment politiques. À une telle logique, et c’est là l’un des fils directeurs de son travail de la problématique des visages à celle des chantiers, des paysages et des lieux, Philippe Bazin en oppose donc une toute autre : à la place de l’émotion, chercher à susciter l’interrogation, au lieu de s’installer dans une immédiateté de la souffrance, instituer la distance de la critique, à la pseudo-neutralité qu’implique la dépolitisation des images, opposer l’exigence de politiser le regard.

Autant d’exigences qui, du côté de la philosophie, conduisent aussi à un certain choix du mode d’écriture et, plus encore peut-être, de la façon d’écouter et de recueillir la parole. Là aussi, il s’agit en effet de déjouer le modèle discursif dominant dans les médias : celui du « témoignage » qui, parce qu’il participe de l’interrogatoire et de ce que Michel Foucault a nommé le « régime de vérité » ou le « régime de l’aveu », est une façon d’assigner la personne interrogée à une forme de culpabilité et d’induire une dissymétrie totale entre celui qui pose les questions et celui qui y répond. À cette « mise à la question », Christiane Vollaire oppose par conséquent une « sollicitation à la parole » qui suppose que les personnes interrogées aient le choix de répondre, de refuser de répondre ou de se taire, et que la parole soit véritablement libre et prise au sérieux. D’où, dans le mode d’écriture, le choix de faire de la parole recueillie la matière première des analyses proposées dans le texte, et de leur conférer ainsi la même valeur intellectuelle que celle des auteurs convoqués (Foucault, Arendt notamment). D’où, enfin, le choix de poser des questions qui ne visent en rien à obtenir de l’information ou à éprouver la véracité de ce que disent les personnes (comme c’est le cas dans les centres de détention) mais qui interrogent leur expérience selon trois axes, qui constituent les trois parties du texte : leur provenance et les raisons de leur fuite ; leur présent, qui n’est autre que celui de la détention ; leur avenir, enfin, qui est celui de leur projet mais qui, du fait de la détention, est aussi celui des obstacles à leur réalisation.

D’où l’on vient

La première partie (« D’où l’on vient. Ce que l’on fuit ») présente donc ce qui, pour les réfugiés, est leur propre pays, qu’ils n’ont évidemment pas tant choisi de quitter qu’été en position de devoir, d’une nécessité qui est ici avant tout vitale, fuir. Ce que Christiane Vollaire analyse à partir des paroles recueillies, c’est donc ici la réalité du pays fui, réalité dont elle souligne, en se basant particulièrement sur la Tchétchénie, le caractère doublement destructeur. Du fait même de la nature du pouvoir en place, entièrement basé sur un système de corruption, ce qui est détruit, ce sont en effet d’abord les personnes elles-mêmes, et ce au sens littéral, le pouvoir tchétchène éliminant les gens de façon systématique et massive.

Mais c’est aussi, de façon tout autant radicale, le lien social ou la confiance en les autres et en les institutions. Ce pour quoi, Christiane Vollaire identifie cette réalité à un « espace de désappropriation absolue » (p. 28), l’objet d’une telle désappropriation n’étant autre ici que l’espace public que l’auteure, dans la continuité de Arendt, définit comme la possibilité d’une existence collective qui seule autorise une existence véritablement humaine. Mais ce que l’auteure montre, de façon tout aussi intéressante, c’est que, à l’encontre d’une certaine représentation de ce type de pouvoir, la « puissance occulte » qui le caractérise ne peut en aucun cas être réduite au « simple pouvoir de la force brutale » mais repose au contraire sur un « système structuré, organisé, pensé », ainsi que cela apparaît très clairement à travers les récits des réfugiés qui montrent comment la vente des organes prélevés sur les personnes assassinées (quand les familles n’ont pas les moyens financiers de racheter le corps pour pouvoir organiser une sépulture) est non seulement réalisée par des professionnels, mais suppose toute une logistique hautement sophistiquée et qui ne laisse rien au hasard (p. 30).

De la quotidienneté de cette pratique des assassinats et des corps jetés en exemple sur la place publique, Christiane Vollaire conclut à un type d’expérience qui est celui de ce que Deleuze a nommé un « devenir-viande », lequel induit une « dégradation de l’accès à la représentation de soi » et une « désorientation subjective ». Par où elle montre, ce qui, dans les discours politico-médiatiques dominants, est loin d’être une évidence, que la fuite (que ne peuvent d’ailleurs s’autoriser que les élites puisque cela suppose des moyens) ne relève pas d’une logique d’ « assistanat », mais qu’elle procède d’abord d’une logique de survie. Même si, à travers cette fuite, c’est aussi, comme le souligne la dernière partie, la possibilité de retrouver les conditions d’une vie humaine qui est recherchée.

Où l’on est

Ce qu’examine la seconde partie (« Où l’on est. Ce qui vous rejette. L’espace du présent : un espace aliénant »), c’est « l’espace des centres, de réception ou de rétention, ouverts ou fermés, inscrits eux-mêmes dans les conditions d’accueil de l’espace de Schengen ». Ce sont ainsi les conditions dans lesquelles vivent les réfugiés à l’intérieur de ce qu’on appelle les « pays d’accueil », et dont l’analyse ici proposée a pour effet de révéler toute l’ambiguïté et la distorsion d’une telle expression. Car ce qui apparaît à travers les propos des réfugiés, c’est d’abord et avant tout la « continuation de la violence », et ce essentiellement pour deux raisons : les conditions de vie dans les centres, l’ « irrationalité et la variabilité du droit » et la « duplicité » qui en résulte.

Concernant les conditions de vie, ce qui est souligné, c’est que la violence faite aux personnes ne tient pas uniquement à la mauvaise qualité de la nourriture, à la promiscuité ou à la défaillance des conditions sanitaires, même si celles-ci sont souvent bien réelles. Elle tient aussi au traitement qui est fait aux réfugiés, lequel reproduit « les pratiques mêmes dont les réfugiés ont été victimes sur leur terre d’origine : l’absence de protection de la police, les complicités des responsables mêmes du centre (…) avec les agresseurs des réfugiés, les enlèvements. » (p. 71). Et, finalement, elle réside dans ce que Chritiane Vollaire nomme une « désesthétisation » qui tient au fait qu’il soit extrêmement rare que des responsables de centre considèrent que les réfugiés soient en droit d’attendre autre chose qu’une nourriture et une hygiène correctes, opérant par là-même à une réduction à la stricte survie. De ce point de vue, Christiane Vollaire cite en contrepartie une exception, le responsable du centre de Katowice qui, ayant conscience qu’ils (les enfants) « veulent juste avoir une vie normale, aller à l’école, apprendre » (p. 75), « envisage les réfugiés non pas comme une sous-catégorie d’humanité, mais comme des sujets avec lesquels l’espace du monde est à construire ».

Concernant ensuite l’irrationalité du droit, l’auteure montre que c’est celle qui, aujourd’hui en Europe, résulte d’un droit pour l’essentiel réduit à des directives, c’est-à-dire à des décisions administratives qui ne sont à aucun moment soumises à la consultation des peuples et qui se caractérise par une variabilité, laquelle peut, à tout moment, faire basculer « dans la clandestinité » ceux qui étaient « jusque-là acceptés, ou en tous les cas tolérés ». « La loi change par les aléas de la politique intérieure des pays d’accueil, par les aléas des relations diplomatiques internationales, ou des tentatives de réajustement au niveau européen, qui vont systématiquement, sur ce point, dans le sens d’un durcissement des politiques nationales. » (p. 77). Le droit, donc, qui doit en principe et qui prétend d’ailleurs protéger et assurer l’intégrité et la dignité des personnes, apparaît ainsi comme l’instrument d’une nouvelle déroute qui, si elle ne tue pas directement comme c’est le cas dans les pays fuis, expose en revanche à la plus grande précarité et, dans de nombreux cas, à la mort, se donnant ainsi pour une forme différente, mais non moins réelle, de la destruction.

Où l’on va

La troisième et dernière partie (« Où l’on va – Ce que l’on désire. L’espace du futur : un espace à forcer ») vise enfin à interroger la « projection » qui a présidé à la fuite. Tout l’intérêt de cette partie est en effet de rappeler, car c’est finalement quelque chose qui est rarement souligné, que « tout départ est un projet, dont la fuite n’est qu’une condition, et en aucun cas une fin » (p.117). De rappeler, donc, que l’immigration est d’abord motivée par une volonté non seulement de survivre, mais de pouvoir vivre une vie humaine, ce qui suppose l’appartenance à un espace public « dans la réalité concrète d’une vie civile publiquement reconnue et instituée » (p. 120).

Partant ici des analyses arendtiennes du monde commun et du politique comme ce qui suppose une temporalité qui n’est possible que par l’articulation du passé, du présent et du futur, Christiane Vollaire montre que le souci des responsables de centres et des politiques migratoires pour le seul présent traduit, par ce « refus de la temporalité », une « politique anti-politique » (p. 118). Induisant une ignorance institutionnelle de « cette question d’une construction de l’avenir, d’un rapport au temps futur » pour les réfugiés, ces « politiques » les condamnent à l’immédiateté de la pure survie qui, comme l’a montré Arendt, est en effet le propre de l’existence infra-politique. « Antipolitique », la politique de l’immigration l’est donc selon Christiane Vollaire en ce sens très précis que, se réduisant au « simple aspect de l’urgence immédiate d’une gestion des flux » et de la survie, elle interdit aux migrants de se projeter dans un avenir, sans lequel une vie humaine n’est tout simplement pas possible.

La politique de l’immigration ainsi comprise se définit donc par un trait temporel ou, plutôt, atemporel : elle est une politique de l’urgence, de la focalisation sur le présent immédiat et corporel, d’un temps cyclique qui ignore la question fondatrice tant du politique que de l’humain (les deux allant de concert) : celle du devenir, c’est-à-dire d’une temporalité permettant l’accès à un possible. D’où cette question centrale, dont Christiane Vollaire montre qu’elle résulte inévitablement d’une telle conception des politiques migratoires : « Que signifie un concept de la sécurité qui maintient un sujet dans un espace où il ne peut pas se projeter ? Que signifie un contrôle absolu du corps par l’empreinte biologique, dans le temps même où est refusée à l’exilé toute possibilité de penser son avenir, de manifester sa volonté d’appartenance ou de décider de son intégration dans une communauté ? » (p. 122). Autant de questions qui se trouvent encore amplifiées par le statut du travail réservé à des immigrés, dans la mesure où le refus de leur reconnaître un droit au travail les assigne inévitablement à la nécessité de travailler illégalement, avec tout ce que cela suppose en termes d’exploitation et, par suite, de régression politique : « Dégrader le statut du travail, c’est réinitier un retour, réactionnaire au sens plein du terme, aux positions antiques de l’esclavage et aux réalités féodales du servage » (p. 123).

D’où, pour finir, et de façon cette fois positive, la manifestation, par les réfugiés, d’un sentiment : la colère, qui, dans le pays d’accueil, succède ainsi au désespoir vécu dans le pays d’origine. Sentiment dont Christiane Vollaire montre que, à l’encontre de toute posture sentimentaliste, il convient de l’analyser en des termes éminemment politiques, en ce que la colère est ici l’ « expression d’une force collective » et qu’elle repose sur la « conviction que quelque chose est possible » et que c’est précisément ce possible qui se trouve obstrué et confisqué du fait de ces politiques présentistes et irrationnelles. La colère des réfugiés à qui l’on interdit les conditions d’une vie humaine (un travail, un habitat, la possibilité d’une existence non réduite aux soucis de la survie) apparaît ainsi comme la seule façon de se projeter vers l’avenir, de maintenir un possible et d’exprimer une puissance. Ce que souligne l’auteure à propos d’un incendie dans le centre de rétention de Vincennes en juin 2008 : « Ces mouvements de colère ne sont nullement l’expression d’une brutalité sommaire, ou un retour du refoulé de la sauvagerie. Ils sont au contraire une réponse, longuement mûrie dans la douleur collectivement subie et dans la permanence des humiliations à un système aveugle et contradictoire. » (p. 147).

L’ouvrage

Au final, le texte de Christiane Vollaire propose ici une analyse des politiques migratoires dont l’intérêt et la force nous semblent se situer à deux niveaux. D’abord, au niveau du mode de travail et d’écriture philosophique, puisque si les présupposés de l’analyse sont empruntés à la philosophie de Arendt (le politique comme espace public qui requiert une temporalité et la projection d’un futur) et à celle de Foucault (le biopolitique, la critique de la rationalité instrumentale comme une forme de l’irrationalité), ces derniers se trouvent ici approfondis, retravaillés et ajustés au présent par un travail non moins rigoureux sur les propos des réfugiés. En sorte que, de ce point de vue, l’intérêt du livre tient dans ce qui est son exigence même : rendre intelligible et audible, et donc faire exister publiquement, l’expérience des réfugiés – expérience dont on voit ici qu’elle n’est pas que sensible et corporelle (contrairement à ce qu’en présente le modèle du témoignage) mais qu’elle est d’abord celle d’une réflexivité, dont l’un des grands mérites du livre est de la prendre pour point de départ.

Mais la force de ce texte nous paraît se situer également à un second niveau qui réside cette fois dans l’un des principaux éléments de la thèse ici défendue, et qui est que les politiques migratoires justement comprises – c’est-à-dire comprises à l’aune de ce qu’est au sens propre une politique et de ce qu’est une vie humaine – constituent des « politiques de l’anti-politique » ou, pour le dire plus simplement, des politiques irrationnelles et destructrices. Thèse que l’auteure défend en prenant appui sur ce qui est au fond le fil directeur de l’ouvrage et de sa structure : la temporalité comme possibilité par le politique d’articuler sa vie et son présent à partir d’un rapport au passé et à l’avenir, et dont on voit ici que, par la focalisation sur la seule survie, les politiques migratoires participent de sa dissolution, condamnant ainsi l’exil au plan d’un présent précaire et privé d’horizon, que seule la colère permet de rattacher encore à un possible.

De cette thèse et ces analyses, les photographies de Philippe Bazin, on l’a dit, ne se veulent nullement la simple illustration ni même la démonstration. Relevant d’une autre logique, elles produisent, à la lecture du livre, un effet sensiblement différent et procèdent d’une structure pour ainsi dire inverse à celle du texte. Car si le texte, organisé par l’analyse de l’espace du passé, du présent et de l’avenir, offre encore la perspective d’un possible – fut-il très largement obstrué -, la structure des photographies de Philippe Bazin semble au contraire procéder en sens inverse en conduisant d’une certaine façon notre regard de l’ouvert au clos. Les trois séries, qui sont intercalées entre les trois parties, et qui en fournissent donc le rythme, peuvent en effet être décrites selon trois modalités de la présence et de l’habitation. La première nous offre un très bel ensemble de dix sept photographies qui présentent des lieux de vie, c’est-à-dire des espaces en eux-mêmes très rudimentaires, mais qui sont investis par des photos, des posters, des nappes, des draps, des tapis, des jeux, etc. Des espaces, donc, qui sont habités, ou plutôt que les réfugiés parviennent encore à habiter.

Nous installant dans une spatialité bien plus opaque, la seconde série, composée de quatorze photographies, présente cette fois des lieux qui ne sont plus ceux où les familles peuvent « vivre », mais ceux où sont logés des individus, sans possibilité de repli ou d’intimité : des lits séparés par de simples draps, des espaces où l’on perçoit l’oppression d’une promiscuité et d’un agglutinement des corps.

La dernière série, enfin, - celle qui fait donc suite à la dernière partie qui porte sur le possible – présente pour finir des espaces qui, par leur rudesse et leur brutalité, relèvent cette fois très clairement de l’esthétique et de l’architecture de la prison et du camp : des espaces nus, blancs, des grillages, des lits en bois, des verrous, des portes, des escaliers.

Philippe Bazin, qui a longtemps pris pour objet les visages, et qui travaille depuis un peu plus d’une décennie sur les lieux, offre ici un travail où l’absence des corps et des visages ne semble pas répondre à un motif seulement politique qui est de préserver l’anonymat, même si celui-ci est évidemment vital pour les personnes. Il répond aussi à un motif qui, tout en étant lui aussi politique, est proprement esthétique : rendre visibles les sujets à partir de leur environnement, de la façon dont ils arrivent à l’habiter, mais aussi à partir de la façon les institutions les empêchent voire leur interdisent de le faire, induisant ainsi, pour reprendre l’expression qui est celle d’Adorno, des vies mutilées. En créant un effet de distance, l’absence des visages permet donc ici d’interroger de façon bien plus radicale que ne le ferait leur exposition l’existence des sujets : elle interdit et, d’une certaine façon, elle frustre la possibilité d’un apitoiement ou d’une complaisance à la contemplation de corps enfermés, appelant ainsi une toute autre forme de réponse, non pas affective mais esthétique et politique, qui est celle de la réflexivité, de l’interrogation et, finalement – ce qui est peut-être le plus important point de résonance entre les images et le texte – une colère.

Recension par Haud Gueguen. Octobre 2013.