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Transdisciplinarité, humanisme, éducation, technologie et faits sociaux (2016/...)

Article initialement traduit et paru en introduction de l’ouvrage espagnol "Educación, sociedad y tecnología" (2019). Unae, Université Nationale d’Éducation d’Équateur. ISSN 2550-6846

Les apprentissages citoyens à l’heure des technontologies

De la frénésie technologique…

Le recours aux nouvelles technologies éducatives peut être vu comme un indice obsessionnel de la crise économique et culturelle, ensuite largement diffusé par les médias ou repris par les chercheurs en quête des signes annonciateurs d’une société différente ou de nouvelles qualifications professionnelles. L’enjeu de l’usage de la technicité est donc plutôt d’apprendre à écrire la mémoire des faits et des savoirs : apprendre à programmer moins dans le sens d’un développement sur support informatique que dans celui d’apprendre à produire et à penser dans un cadre conceptuel logique nouveau. Au delà de la surenchère technologique et des effets de mode, un réel paradigme de l’apprentissage est toujours en voie de constitution et d’expansion. L’étude de son fonctionnement doit être rendue possible sans idéologie techniciste ni à l’inverse passéiste. La prise de recul par rapport à l’objet d’étude, par un intérêt actualisé théorique et expérimental venant de la communauté éducative, est une voie possible.

... à l’utilité pédagogique

La difficulté réside dans la mise au point d’une juste distance du sujet utilisateur à l’objet utilisé. Cette distance doit être raccourcie lors de la phase de mise au point des protocoles, le montage des dispositifs ; et être d’autant plus allongée lors de l’analyse des résultats lorsque l’évaluateur s’est fortement impliqué dans le projet. Une attitude pragmatique et sans faux-fuyants, lucide et souple, semble devenir le modèle comportemental à suivre par les acteurs de la formation. Mais la difficulté de devoir résister aux sollicitations commerciales extérieures et de dépasser les contraintes administratives intérieures s’accroît, dans un monde cosmoderne dans lequel plus la réalité est connue, plus l’étendue de sa complexité et de son instabilité multi-référentielle dans la big history se révèle : "plus j’apprends et plus je sais que ne sais rien...".

Une ouverture infinie, vraiment ?

Le développement de plates-formes individuelles en collectif intégrant sur un même support des outils variés vise notamment l’intégration de systèmes d’enseignement ouverts, avec la possibilité d’un suivi individuel et distanciel. Elles permettent de servir des objectifs d’enseignement sur mesure, individualisés selon les besoins et les attentes. Un des problèmes des nouvelles technologies de l’éducation et de la formation ne réside plus dans le fait d’atteindre d’abord les limites des capacités des instruments techniques utilisés à des fins de formation, toutes situées dans un espace interactif d’intelligence collective. Désormais, les premières limites touchées se trouvent plutôt chez les concepteurs de programmes d’apprentissage (besoin d’imagination dans la création et l’exploitation des données à transmettre) et dans les capacités des apprenants (vitesses variables selon les personnes des processus d’acquisition et de maturation des informations). De même "qu’on ne peut pas aller plus vite que la musique", il est inutile que la musique dépasse la mesure. Egalement, la dimension culturelle et de socialisation, avec tous les moyens que ces processus connaissent et toutes les formes qu’ils peuvent prendre, reste, dans une vision positiviste postmoderne sinon un préalable du moins une toile de fond essentielle que doivent rechercher et maintenir les programmes de formation dans un processus d’ouverture au monde, aux autres et… à soi.

Nécessité d’une attitude critique dans de nouvelles possibilités de formation

L’insidieuse révolution éducative n’est pas encore perçue par tous, pas plus que l’ensemble des domaines qu’elle envahie. Dans un monde en évolution accélérée d’un coté et de désertification d’un autre, les symphonies tonitruantes des arguments commerciaux des constructeurs n’en finissent plus de résonner dans l’auditorium de la formation. Elles sont dédoublées des chants des créateurs et des professeurs qui, se les étant appropriés au service de leurs choix pédagogiques, essayent de leur assurer la plus large diffusion. Mais si les outils peuvent être révolutionnaires, leur utilisation pédagogique ne l’est pas forcément pour autant et peut rester des plus traditionnelle. Et plus encore si les outils ne prennent en compte l’élève que dans sa dimension de cognition et non dans ses dimensions perceptives et émotionnelles. Il n’y a pas de solution miracle. Les invariants semble cependant être, avec des prérequis : l’autonomie, la différenciation, savoir susciter et de ne pas briser le désir d’apprendre, la démarche heuristico-cognitive holiste, la prise en compte de la totalité des attributs de l’apprenant non pas simplement « dé-fini », car c’est un être environnemental en devenir.

Continuums, évolutions

Nous sommes désormais dans un contexte de continuité et de renouvellement des pédagogies multipliés par les possibilités mondialisées des nouvelles technologies. Il nous faut garder la volonté de les placer au service des utilisateurs pour plus d’autonomie, de responsabilisation et de socialisation, et non dans le but de les orienter vers une visée transhumaniste à l’opposée des humanités numériques (car ce que je crois posséder me possède). Apprivoisées et mise à juste distance, les technologies, qui sont comme la langue d’Ésope la meilleure et la pire des choses, peuvent alors devenir un moyen parmi d’autres de servir notre essence humaine, facteur de stabilité et de croissance de l’être, et donc de paix sociale et de progrès (et non d’innovation) pour nos sociétés. Par les apports de la transdisciplinarité et du transpersonnel, réunissant ce que nous savons du monde des objet et du monde des sujet en interaction, une juste concordance doit désormais être trouvée entre la technique et l’humain, à l’heure la première tend à modifier ontologiquement le second, dans un processus encore balbutiant mais déjà complètement initié et que nous appelons le champ des technontologies.

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02146386