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Adame Ba Konare

Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy

présentation de l'éditeur

Adame Ba KONARE, (dir.), (dir.) Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy , Paris, La Découverte, oct. 2008.

Paru le : octobre 2008 - Éditeur : La Découverte, Paris - Collection : Cahiers libres - Reliure : Broché - Description : 348 pages - Dimensions : 155 x 240 mm - ISBN : 9782707156372 - Prix : 22 €

Mots clefs

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- la présentation, le sommaire et un chapitre publiés avec l’aimable autorisation des auteurs, directeurs et éditeur de l’ouvrage : A lire sur TERRA

- Commander le livre chez l’éditeur

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LES AUTEURS

Adame Ba Konaré est historienne, militante du Mouvement démocratique malien, présidente fondatrice du Musée de la femme Muso Kunda de Bamako et de la fondation humanitaire Partage. Elle a publié une dizaine d’ouvrages consacrés à son pays, dont Quand l’ail se frotte à l’encens (Présence africaine, 2006), L’Os de la parole. Cosmologie du pouvoir (Présence africaine, 2000) et le Dictionnaire des femmes célèbres du Mali (Jamana, 1993)..

Les contributeurs : Pierre Boilley, Tayeb Chenntouf, Catherine Clément, Catherine Coquery-Vidrovitch, Drissa Diakité, Boureima Alpha Gado, Daouda Gary-Tounkara, Sandra Fagbohoun, Éric Huysecom, John O. Igué, Bogumil Jewsiewicki, Adame Ba Konaré, Doulaye Konaté, Olivier Le Cour Grandmaison, Kinvi Logossah, Hassimi O. Maïga, Elikia M’Bokolo, Isidore Ndaywel è Nziem, Alioune Sall, Kléna Sanogo, Djohar Sidhoum-Rahal, Sébastien Dossa Sotindjo, Ibrahima Thioub

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PRESENTATION

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Passé les réactions vives et indignées qu’a suscitées chez les Africains le discours de Nicolas Sarkozy prononcé à Dakar le 26 juillet 2007, ses déclarations sur l’immobilisme du continent africain ou encore la non-responsabilité de la France dans ses problèmes actuels nécessitaient une riposte argumentée, dépouillée de toute considération émotive. C’est dans le but d’éclairer le président Sarkozy, mais aussi son entourage et, plus généralement, le grand public sur la réalité de l’histoire africaine, qu’Adame Ba Konaré a lancé, en septembre 2007, un appel remarqué à la communauté des historiens.

Cet ouvrage est le résultat de cette mobilisation : vingt-cinq contributions de spécialistes de notoriété internationale ou de plus jeunes chercheurs, africains et européens, qui abordent chacun avec rigueur et précision un pan de l’histoire riche, complexe et trop souvent méconnue du continent. La construction à la fois chronologique et thématique de l’ouvrage permet de réfuter point par point les poncifs hérités de l’ethnologie coloniale véhiculés par le discours de Dakar et de prodiguer plus largement une véritable leçon d’histoire pour enfin changer le regard porté sur l’Afrique.

Cette riposte n’est pas une affaire d’Africains blessés dans leur dignité, mais une entreprise d’historiens, ceux du Nord comme du Sud, soucieux de rétablir la vérité des faits contre toutes les tentatives de manipulation.

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SOMMAIRE

- Préface, par Elikia M’Bokolo

Introduction générale , par Adame Ba Konaré
- L’anhistoricité et l’immobilisme du continent africain
- Le mythe de la France bienfaitrice et de sa mission civilisatrice
- Défis et leçons d’Histoire

I / Qui a dit que l’Afrique n’avait pas d’histoire ?

- 1. Un essai de périodisation de l’histoire africaine, par Catherine Coquery-Vidrovitch
- 2. Innovations et dynamiques créatives dans la préhistoire africaine, par Éric Huysecom et Kléna Sanogo
- 3. Universalité des valeurs et idéal d’humanité en Afrique : témoignages d’explorateurs, par Drissa Diakité
- 4. La gestion et la prévention des crises de subsistance dans les sociétés précoloniales du Sahel : mythe ou réalité ?, par Boureima Alpha Gado
- 5. L’opposition tradition/modernité comme modèle d’analyse des réalités africaines, par Doulaye Konaté

II / Un discour d’un autre âge ?

- 6. Les visions françaises de l’Afrique et des Africains, par Pierre Boilley
- 7. Le musée du quai Branly ou l’histoire oubliée, par Catherine Coquery-Vidrovitch
- 8. Le refus de savoir est un refus de reconnaissance, par Bogumil Jewsiewicki

9. L’enseignement du fait colonial dans une perspective d’histoire mondiale, par Tayeb Chenntouf
- L’enseignement de la colonisation : des perspectives nationales
- La colonisation dan une perspective d’histoire mondiale
- L’enseignement du fait colonial

- 10. Apologie du colonialisme, usages de l’histoire et identité nationale : sur la rhétorique de Nicolas Sarkozy, par Olivier Le Cour Grandmaison

III / Qui est responsable des « difficultés acturelles » de l’ Afrique ?

- 11. Quelques aspects de la contribution de l’Afrique au développement du Nouveau Monde et de la France, par Hassimi Maïga
- 12. Aux origines de la traite négrière transatlantique : introduction au débat sur la responsabilité africaine, par Kinvi Logossah
- 13. L’esclavage et les traites en Afrique occidentale : entre mémoires et histoires, par Ibrahima Thioub
- 14. Le rôle de la colonisation dans l’« immobilisme » des sociétés africaines, par John O. Igué
- 15. Pérennité des structures de dépendance et reproduction du sous-développement :le cas du Bénin (ex-Dahomey) de la colonisation à aujourd’hui, par Sébastien Dossa Sotindjo
- 16. La crise ivoirienne : le poids de l’histoire coloniale, par Daouda Gary-Tounkara

IV/ Qui a parléde Renaissance africaine ?

- 17. La philosophie négro-africaine : une lutte permanente pour sa reconnaissance, par Sandra Fagbohoun
- 18. L’Union pour la Méditerranée : un projet pour diviser l’Afrique et tourner le dos à la Francophonie, par Isidore Ndaywel è Nziem
- 19. Le Sahara n’est pas une frontière, par Djohar Sidhoum-Rahal
- 20. La Renaissance africaine : un défi à relever, par Alioune Sall
- 21. Gouvernance et expérience démocratique en Afrique : l’éclairage de la culture et de l’histoire, par Adame Ba Konaré

- Postface, par Catherine Clément
- Orientations bibliographiques, par Daouda Gary Tounkara
- Les auteurs
- Index.

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Introduction générale


par Adame Ba Konaré

SOMMAIRE

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Cet ouvrage a été conçu pour servir de réponse à un discours politique, celui du président français Nicolas Sarkozy, tenu le 26 juillet 2007 à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, au Sénégal, à l’occasion de sa première visite officielle en Afrique au sud du Sahara.

Discours osé et complexe, qui a la prétention de faire l’inventaire de tous les problèmes de l’Afrique et d’y trouver des solutions. Sur Cheikh Anta Diop lui-même, curieusement, pas un mot [1].

Tantôt bon père ou bon tuteur qui s’adresse à ses enfants, tantôt missionnaire, Nicolas Sarkozy croit prêcher la bonne parole pour se poser, au final, en sauveur suprême. Au nom de quel principe ? Au nom du franc-parler et du respect et de l’amour qu’il a pour l’Afrique, martèle-t-il inlassablement.

Dans son intention, le discours se veut une adresse à la jeunesse et affiche sa volonté de rupture. Dans son déroulement, il glisse non seulement sur plus d’un siècle d’histoire, un siècle cependant richement meublé de déconstructions opérées en son sein, mais également sur les acquis de l’historiographie et de l’avancée de la recherche. Ce qui fait qu’il n’est pas sans susciter des interrogations majeures autour de mots graves : mépris, méconnaissance, racisme. Il est à craindre que toutes ces supputations ne se confirment, à des degrés divers, derrière le brouillard qui les recouvre, mais l’on éviterait de se perdre en conjectures en posant directement la question à la « plume », le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino.

Ce dernier, dans sa réponse à Bernard-Henri Lévy, qui l’avait traité de raciste, a déclaré assumer avec panache tout ce qu’il a écrit, « ligne à ligne, mot à mot, à la virgule près [http://info.France3.fr/France/34916821-fr.php] ». Tout au long de l’année, Henri Guaino reviendra sur le discours de Dakar. Le dernier soubresaut en date est sa récente sortie dans le journal Le Monde [2]. Tout en feignant de concéder à l’Afrique une histoire, dont il semble entre-temps avoir découvert quelques bribes à travers les critiques qui lui ont été adressées, Guaino s’obstine en réalité à la nier (en qualifiant certains de ses moments-phares d’« exception »), à la mépriser et à réhabiliter l’entreprise coloniale. Et lorsqu’il cherche à se disculper de certaines accusations, à grand renfort de citations savantes mais incongrues, ou en récusant l’inspiration hégélienne de son texte pour mobiliser d’autres soutiens, il ne fait que souligner qu’il n’a manifestement toujours pas compris le caractère inadmissible de certains points du discours de Dakar. Un adage africain nous enseigne que « l’eau versée ne se ramasse pas ». De ce point de vue, les tentatives de justification de M. Guaino effacent d’autant moins les propos tenus qu’elles continuent de falsifier l’histoire. En ce qui concerne Nicolas Sarkozy lui-même, nous préférons nous accrocher à l’argument de la méconnaissance.

Nonobstant, un fait est patent : Nicolas Sarkozy est dans l’air du temps. En effet, depuis quelques années, nous assistons au ressac, chez une frange de l’intelligentsia française, de discours triomphalistes et nationalistes sur la France, dont l’histoire, faite de grandeurs renouvelées, est remobilisée pour susciter la fierté de tous ses fils et de toutes ses filles « de souche ». De son côté, Nicolas Sarkozy crie sa douleur de voir la France endormie depuis vingt à vingt-cinq ans et se donne comme objectif, au cours de son quinquennat, de rendre les Français fiers de leur pays [3]. Il y a une connexion entre le pouvoir politique et cette frange de la nouvelle intelligentsia, dont l’un des apôtres est d’ailleurs un historien, Marx Gallo. Est-ce un fait de hasard si ce brillant universitaire, auteur d’un ouvrage au titre explicite, Fier d’être français, a été justement désigné par Nicolas Sarkozy pour auréoler son investiture d’un discours sur la grandiose histoire de la France [4] ?

Pour ce qui est du rapport à l’Afrique dont le texte de Henri Guaino n’est que le triste reflet – car je refuse de voir en Guaino un marginal –, l’héritage culturel de cette nouvelle élite intellectuelle ne s’est pas bonifié depuis plus d’un siècle. Il est resté au stade de l’imagerie coloniale, reprise et confortée par une littérature négrophobe qui fait florès depuis quelque temps et se résume en gros à une démonstration de l’incapacité, presque congénitale, des Africains de se gérer et de soigner les maux qui minent leur continent, mais dont ils sont les propres responsables – par conséquent, ils n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes [5].

La conjonction de ces deux courants de pensée explique cette tentative effrénée de vouloir trouver des côtés positifs à la colonisation [6].

En tout cas, sitôt prononcé, le discours de Nicolas Sarkozy a déchaîné passions et réactions indignées en chaîne chez nombre d’intellectuels africains qui l’ont considéré comme insultant et donc inacceptable [7].

Pour ma part, le choc du discours dominé, j’ai lancé sur Internet, le 11 septembre 2007, un appel à mes collègues historiens pour leur demander de s’engager à mes côtés dans une démarche de construction de connaissances dépouillée de toute considération émotive pour éclairer au mieux le président Nicolas Sarkozy et son entourage.

Cet ouvrage est le résultat de cette mobilisation : plus d’une vingtaine de contributions de spécialistes de notoriété internationale ou de plus jeunes chercheurs, africains et européens, qui abordent chacun avec rigueur et précision un pan de l’histoire riche, complexe et trop souvent méconnue du continent. La construction à la fois chronologique et thématique de l’ouvrage permet de réfuter point par point les poncifs hérités de l’ethnologie coloniale véhiculés par le discours de Dakar et de prodiguer plus largement une véritable leçon d’histoire pour en finir avec le regard statique porté sur l’Afrique.

Dans cette entreprise, il ne s’agira ni de croiser ni de confronter les regards des historiens français et africains, mais de poser le regard d’historiens de l’Afrique, ceux du Sud et ceux du Nord, sur l’histoire de l’Afrique, sans complaisance ni polémique.

De l’anhistoricité et de l’immobilisme du continent africain jusqu’aux drames actuels qui le secouent, nombreuses sont les questions soulevées par Nicolas Sarkozy, mais la rhétorique présidentielle est habilement bâtie au point que si l’on n’y prend garde, on peut se laisser piéger comme l’ont été maints défenseurs du président. Leurs arguments ? Ce discours est un tout, il n’est pas honnête d’en sortir quelques phrases choquantes ; de bonnes choses ont été également dites sur l’Afrique et jamais réquisitoire aussi sévère contre la colonisation n’a été tenu par un chef d’État français. Là n’est pas la question : ce qui est en cause, c’est l’inexactitude et le décalage temporel de certains propos. Un adage africain dit aussi qu’une seule graine d’arachide pourrie suffit à pourrir les autres graines.

L’anhistoricité et l’immobilisme du continent africain

SOMMAIRE

Parmi les points les plus choquants du discours de Dakar figure notamment le déni d’histoire auquel s’est livré le président français :

  • Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne, mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique, et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter ne reviendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé…

Ne pas être entré dans l’histoire, pour les historiens, a un sens, car les critères d’historicité, tels que l’Occident les avait définis, reposaient sur au moins deux théories : d’abord les thèses, datant de la fin du XVIIIe siècle, du philosophe allemand Hegel développées dans son fameux ouvrage La Raison dans l’Histoire (1830), dans lequel il soutient que « ce que nous comprenons en somme sous le nom Afrique, c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle » ; ou encore : « Celui qui veut connaître les manifestations les plus émouvantes de la nature humaine peut les trouver en Afrique [8]. » Ne pas être entré dans l’histoire signifie donc échapper à la raison, à la création et à la créativité, à l’invention, au progrès.

Le deuxième critère d’historicité est celui défendu par une certaine école historique, à prétention hautement scientifique que fut l’école méthodique, née en France entre 1880 et 1930, dans le prolongement de l’école positiviste allemande [9]. Les apôtres de cette école professaient que « toute pensée et tout acte qui n’a pas laissé de traces, directes ou indirectes ou dont les traces visibles ont disparu, est perdu pour l’histoire [10] ». Pour eux, ces traces sont les documents écrits. Les sources écrites se dressaient donc comme critère d’historicité. Or, comme l’Afrique manquait d’écriture, elle ne pouvait pas être logée dans le champ historique.

Cette conception a rejailli sur la perception de l’Afrique par les Occidentaux. Toute la littérature coloniale a baigné dans ce magma. En 1923, le Pr. A. P. Newton l’exposait de façon précise devant la Royal African Society à Londres dans une conférence sur l’Afrique et la recherche historique. Il déclarait que « l’Afrique n’avait pas d’histoire avant l’arrivée des Européens. L’histoire commence quand l’homme se met à écrire. Donc le passé de l’Afrique avant le début de l’impérialisme européen ne pouvait être reconstitué que d’après les témoignages des restes matériels, des langues et des coutumes primitives, toutes choses qui ne concernaient pas les historiens, mais les archéologues, les linguistes et les anthropologues [11]. »

Insidieusement, on a cherché à faire admettre au Noir l’incapacité congénitale de sa race. Ainsi naquirent les mythes et les stéréotypes raciaux qui légitimaient la prétention à la supériorité des Européens sur les Africains : si histoire il y avait par-ci par-là, cela n’avait été possible que grâce à des facteurs exogènes, notamment l’apport civilisateur des religions révélées, christianisme et islam.

En France, le programme des écoles de l’Afrique occidentale française (AOF) établi par la réforme de 1924 ordonnée par Roume, le gouverneur général de l’AOF, donna une orientation précise à l’enseignement de l’histoire : l’élève africain ne devait pas ignorer que son « pays a été envahi par des peuples de race blanche venus du nord à travers le Sahara et l’influence exercée par ces peuples sur sa race et sa civilisation ». L’Europe ne faisait donc que continuer une transmission de la civilisation commencée avant eux par des peuples à peau claire.

Certains administrateurs coloniaux, historiens de circonstance, tel Maurice Delafosse (1870-1926), malgré l’énorme travail qu’ils effectuèrent pour reconstituer l’histoire des colonies afin de mieux les diriger, souvent d’ailleurs à partir de documents autres que les sources écrites, sont restés enfermés dans ce prisme [12].

L’obstination avec laquelle ces thèses éculées sur l’Afrique continuent d’être diffusées gêne et étonne à la fois les historiens ; ils ne peuvent pas les accepter, d’abord parce que, depuis fort longtemps, elles ont été corrigées. Notamment, les critères liés à l’écriture de l’histoire ont été battus en brèche, en France même avec l’école des Annales, créée à partir de 1930 par Marc Bloch et Lucien Febvre, précisément en réaction au réductionnisme de l’école méthodique.

Marc Bloch, dans son fameux Apologie pour l’Histoire, assimile la relation homme/historien à l’ogre de la légende : « Là où l’historien flaire la chair humaine, là est sa proie  [13]. » L’homme a rendu historique tout ce qu’il a touché et les documents écrits ne constituent pas la seule source d’histoire. Le stock dont dispose l’historien est inépuisable : en plus des sources écrites, il y a par exemple, l’archéologie, qui seule permet de résoudre les problèmes de datation, la géologie, la biologie, l’ethnologie, etc.

À cela, il faut ajouter l’apport incommensurable de la tradition orale, particulièrement riche en Afrique et reconnue aujourd’hui comme source d’histoire aussi valable que n’importe quelle autre. La fameuse sentence d’Amadou Hampâté Ba, « En Afrique, chaque vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle », qui a retenti tel un tonnerre dans le ciel des africanistes, signifiait qu’en Afrique, le savoir était détenu par les anciens qui le transmettait de bouche à oreille, à condition qu’on leur prête une oreille attentive. Autrement dit, c’était par la voie orale, selon des méthodes mnémotechniques que se transmettait le savoir en Afrique [14].

Le premier agrégé d’histoire de l’espace francophone du continent africain, Joseph Ki-Zerbo affinera les techniques d’investigation historique basées sur la tradition orale. Avec d’autres, tel Jan Vansina qui l’a précédé [15], il a donné à la tradition orale ses lettres de noblesse [16]. En dépit de la rémanence de certaines critiques remettant en cause sa validité tant paraît établie sa relation avec le présent, aucune étude historique sur l’Afrique ne saurait se passer de l’apport de la tradition orale.

Le déni d’histoire de Nicolas Sarkozy est d’autant plus inacceptable quand on sait que l’Afrique est le continent premier. À preuve, les travaux du préhistorien français Yves Coppens, qui ont prouvé que c’est en Afrique que le premier homme a marché et s’est servi de ses mains, que les débuts de la technologie, l’émergence, l’origine, la racine de la culture et de la conscience sont africains [17].

On ne peut pas non plus accepter les propos du président français quand on sait que depuis plus d’un demi-siècle, l’historiographie de l’Afrique a rejoint celle du reste du monde. Même si la littérature sur l’histoire de l’Afrique n’a pas été vulgarisée, qui se donne la peine de la chercher peut la trouver. Depuis des administrateurs coloniaux de la première moitié du XXe siècle, qui, en dépit des apories de leur logique, ont effectué maints travaux de synthèse sur l’histoire de l’Afrique à nos jours, le chemin est bien fourni.

La création, en 1938, par Théodore Monod, de l’Institut français d’Afrique noire (IFAN) [18] fut un formidable instrument de promotion de l’histoire africaine avec la publication d’une série de mémoires dans les années 1950 et 1960. De façon générale, la décennie 1960-1970 fut particulièrement féconde en termes de publication de grands travaux de synthèse, devenus très vite des classiques, de chercheurs français sur l’histoire de l’Afrique [19]. Ce sont eux, les premiers vrais spécialistes de l’histoire du continent. Ce sont eux qui ont formé la plupart des historiens africains de la deuxième génération.

En 1947 fut créée la Société africaine de culture (SAC) par le Sénégalais Alioune Diop. La SAC et sa revue Présence africaine œuvrèrent de leur côté pour la promotion de l’histoire et de la culture africaines, en même temps qu’une génération d’intellectuels, tel Joseph Ki-Zerbo, engageaient le combat pour la réhabilitation de l’histoire africaine, bafouée par une certaine littérature coloniale. C’est le lieu de citer Cheikh Anta Diop : ses travaux sur le caractère négroïde de la civilisation égyptienne, en montrant que la culture égyptienne était africaine, ouvraient la voie à l’indiscutable unité culturelle du continent [20]. L’historiographie africaine de ces années-là s’inscrivait certes dans le sillage de l’idéologie nationaliste de l’école méthodique. Histoire/combat, histoire civique que celle-là, mais qui n’en a pas moins été capitale pour la connaissance du passé de l’Afrique [21].

L’arrivée d’un Africain doublé d’un historien à l’Unesco, Amadou Mahtar M’Bow, en 1973, a donné une impulsion à l’historiographie de l’Afrique, avec le grandiose projet d’écriture d’une monumentale histoire générale de l’Afrique en huit tomes [22].

Mais partout dans le monde, indépendamment des grandes nations colonisatrices – France, Angleterre, Portugal, Espagne, Belgique, Hollande, Allemagne, Italie –, ont été érigés des centres ou des instituts d’histoire africaine. En Europe de l’Est, où sur la lancée de la fièvre nationaliste consécutive à la vague d’indépendances des pays africains, la sympathie manifestée par les pays du bloc soviétique se matérialisa par un intérêt majeur pour l’histoire africaine en Hongrie, en Union soviétique, en Pologne [23]. Aux États-Unis, nombre d’universités se distinguent de leur côté par l’engouement porté à l’histoire africaine, notamment à la diaspora et la traite atlantique. En France, les universités Paris 1-Panthéon-Sorbonne, Paris 7-Denis-Diderot, d’Aix-en-Provence et de Bordeaux, de même que l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), à partir des années 1970, maintiendront le flambeau des études africanistes. Enfin, en Afrique – last but not least – toutes les universités ont leurs branches spécialisées, à commencer par Dakar où fut tenu le discours de Nicolas Sarkozy, véritable pépinière d’historiens africains de grande renommée.

Aujourd’hui, parmi les grands noms d’historiens connus dans le monde, figurent des Africains qui dispensent leur enseignement aux quatre coins du monde, dans des universités cotées et qui font preuve d’une vitalité intellectuelle remarquable.

Institutions et associations scientifiques, comme le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), l’Association des historiens africains (AHA) ou le Centre d’études des langues et traditions orales (CELTO) de Niamey de dimension continentale, et les magazines et revues spécialisés sur l’histoire de l’Afrique, de dimension également continentale, comme Afrika Zamani ou Afrique Histoire, lancée dans les années 1970 par l’historien malien Sékéné Mody Cissoko, complètent ce tableau.

Les contributions réunies dans cet ouvrage témoignent de la multiplication des travaux et du développement de la recherche sur l’histoire du continent depuis que ces jalons ont été posés. Toutes sont autant de démentis à l’idée d’une Afrique anhistorique et immobile ; je ne peux pour ma part ici qu’évoquer succinctement certains traits de l’histoire du continent en rappelant par exemple qu’aux VIIe, VIe et Ve siècles avant notre ère, les principaux savants, philosophes et écrivains grecs sont allés chercher en Égypte le chandelier de la civilisation. Et c’est un ancien ministre français de la Coopération, Jacques Godfrain, qui nous le rappelle [24].

Je pourrais continuer en parlant des civilisations urbaines nées en Afrique bien avant notre ère, Axoum en Éthiopie, Djenné-Djeno sur le fleuve Niger au Mali, ou encore de la Nubie chrétienne, de Carthage en Tunisie, des Almoravides et des Almohades au Maroc. Ou encore du rayonnement des grands empires médiévaux du Soudan occidental : Ghana, Mali, Songhay. Le dynamisme économique de ces régions se répandait à travers le Sahara, zone tampon entre le bassin méditerranéen et l’Afrique noire. Des noms de grands souverains sont restés dans l’histoire : Kanku Moussa, l’empereur du Mali (1312-1337), qui, au cours d’un pèlerinage fastueux à La Mecque, a distribué une telle quantité d’or sur son passage qu’il en a fait baisser le cours sur le marché du Caire [25]. Ou Askia Mohamed, le souverain de Gao (1492-1528), sous le règne duquel les intellectuels de Tombouctou ont fait l’objet d’une attention particulière, ce qui a eu comme impact de favoriser le rayonnement intellectuel de la ville où venaient se ressourcer des savants de toutes les contrées islamiques (Égypte, Syrie, Arabie, etc.) [26]. En plus des sciences de l’esprit, l’intelligentsia musulmane de Tombouctou cultivait l’idéologie de la paix, matérialisée par le port du bâton à la place de l’arme blanche.

Je pourrais encore évoquer les royaumes kongo luba et lunda, du Grand Zimbabwe avec ses monuments gigantesques, le Monomotapa (Mutapa), le Kanem-Bornou au Nigeria, ou ces structures non centralisées à la remarquable vitalité comme certaines sociétés des zones inter-lacustres de l’Afrique de l’Est ou les régions de l’actuelle RDC [27]. La liste est longue ; un survol ne saurait rendre compte de l’histoire à la fois riche et complexe de l’Afrique.

Et enfin, pour terminer sur l’immobilisme des Africains, la lutte acharnée que mènent ces milliers de femmes pour assurer leur survie dans le secteur informel, les tentatives désespérées de ces milliers de jeunes bravant les océans, dans l’espoir de débarquer au « pays de Cocagne », au péril de leur vie, traduisent une volonté opiniâtre de prendre en main leur destin. On ne peut pas dire que de tels hommes n’aspirent pas à s’inventer un avenir.

Et que dire des performances des sportifs africains dans tous les domaines ou du génie et de la créativité des artistes africains reconnus partout dans le monde ? Aujourd’hui, pour se maintenir, c’est dans la musique noire de la diaspora africaine que la musique européenne se ressource.

Le mythe de la France bienfaitrice et de sa mission civilisatrice

SOMMAIRE

Le deuxième point le plus problématique du discours de Dakar concerne à l’évidence le tableau que présente le président français de la colonisation.

Rappel des faits : les historiens de la IIIe République française se sont surpassés dans la production de discours qui ont donné l’impulsion à la poussée impérialiste en créant le mythe de l’État-nation, l’idéologie d’une France grande et généreuse, modèle du monde. L’enjeu, pour l’instituteur de l’école de Jules Ferry, était de cultiver l’amour de la patrie, de former des « soldats de la République », faute de quoi, il aura perdu son temps.

Ce nationalisme se répandit jusque dans les colonies, où il fallait faire entrer dans les crânes la certitude que la France était le plus beau pays du monde, les Français un peuple intelligent, travailleur et courageux et les Africains, des gens inférieurs et sans ancêtres qu’il fallait ouvrir à la Civilisation. Il était même enseigné aux enfants africains que leurs ancêtres étaient les Gaulois, « des barbares civilisés aux yeux bleus ». On peut citer le manuel d’histoire d’Ernest Lavisse, le chef de file de l’École méthodique : « la France veut que les petits Arabes soient aussi bien instruits que les petits Français. Cela prouve que la France est bonne et généreuse pour les peuples qu’elle a soumis [28]. »

Il n’y a pas qu’Ernest Lavisse ; d’autres, comme C.-R. Jouve, directeur de la section spéciale de l’école normale de la Bouzaréah en Algérie, soutenaient par exemple, dans un manuel d’histoire destiné aux indigènes [29] :

« La France est le plus beau pays du monde » (1re leçon).

« Les Romains attaquèrent les Gaulois qui se battaient bien, mais les Romains étant les plus civilisés furent les plus forts et ils prirent la Gaule… Les Gaulois, les Romains et les Francs étaient intelligents, travailleurs et courageux. C’est pour cela que les Français sont aussi intelligents, travailleurs et courageux » (2e leçon).

La dernière affirmation, reprise et encadrée comme « pensée à méditer », martelait : « Si les Kabyles et les Arabes écoutent les Français, ils seront heureux, ils seront meilleurs et ils seront regardés comme les enfants de la grande nation française » (40e leçon) [30].

Après avoir longtemps hésité à introduire les cours d’histoire dans les écoles africaines, de peur, par exemple, que l’enseignement de la révolution française et de la prise de la Bastille ne donne l’idée aux « indigènes » de s’emparer de vive force du poste (français), une nette tendance s’était dégagée au sein de l’administration coloniale, en faveur de l’enseignement de la discipline avec la réforme de 1924. Ainsi, pour Georges Hardy, inspecteur de l’enseignement de l’AOF, négliger l’enseignement de l’histoire ou la taire était dangereux parce que, écrivait-il en 1917, concernant l’enseignement de l’histoire dans les colonies de l’AOF :

  • Les Africains ont une histoire et des historiens (marabouts et griots) dont l’autorité est acquise et qui sont dépositaires d’un savoir sacré hérité des aïeux, sont très écoutés et leurs récits surnaturels plaisent davantage qu’une plate succession d’événements humains. Ce serait donc manquer singulièrement de psychologie et d’éducation historique que méconnaître la force de cette histoire populaire, histoire tendancieuse et trop souvent antifrançaise. Le seul moyen de ruiner ces calembredaines perfides, c’est de les confronter méthodiquement avec l’histoire vraie, moins séduisante sans doute mais qui, trouvant dans sa solidité et son harmonie une force de persuasion, finit par l’emporter. Nous sommes venus dans un pays pauvre, ravagé par des tyrans, dépeuplé par des négriers ; nous avons imposé la paix à tous, nous avons fait cesser les razzias et la traite des esclaves, nous avons étendu les cultures et bâti les hôpitaux. Quel conte de griot serait assez ingénieux pour détruire ces affirmations simples ? Et ne voit-on pas ce que gagne la puissance française à se prouver et se justifier ainsi ? Je comprendrais les scrupules de nos simplificateurs de programmes, si notre histoire n’était pas ce qu’elle est, si c’était une histoire de traîtrise et de rapines, si c’était l’histoire d’un nid de vautour ou simplement de mange-mil. Mais elle est grande, notre histoire, elle est, en comparaison des autres, pure, généreuse, et noble. Notre histoire coloniale, en particulier, est un conte merveilleux, qui fait pâlir les plus belles pages de l’histoire ancienne. N’en ayons pas honte, ayons confiance en sa force et sa beauté ; ceux qui ne veulent pas qu’on l’enseigne aux indigènes de nos colonies feraient croire qu’ils la connaissent mal [31].

Les propos de Nicolas Sarkozy ne sont-ils pas de la même veine, lorsqu’il égrène les « réalisations » coloniales ? « [Le colonisateur] a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges. Il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs. »

Nous voilà catapultés, par Nicolas Sarkozy, quatre-vingt-onze ans en arrière pour rebondir sur le présent où les choses se précisent davantage avec la question de la non-responsabilité de la colonisation, donc des puissances coloniales, c’est-à-dire notamment de la France, dans les « difficultés actuelles » de l’Afrique.

Sur ce registre, il ne donne pas dans la subtilité : « La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution. »

Même quand Nicolas Sarkozy reconnaît les horreurs de la colonisation, il éprouve le besoin de les relativiser en s’aventurant sur le terrain des bienfaits de la colonisation.

Là aussi, la réponse à fournir réside dans les faits : la colonisation européenne, qui a duré plus d’un siècle, fut un système fondé sur une logique exclusive d’assujettissement ; elle a déstructuré les sociétés, les économies et les cultures africaines ; elle la freiné la marche interne de l’Afrique, en instaurant un autre ordre, l’ordre colonial, en dressant les chefs les uns contre les autres, en établissant le régime de l’indigénat.

Le pouvoir colonial a, pour mieux administrer, dépecé le corps physique, psychologique de l’Afrique, séparé des entités ethniques et culturelles séculaires, et servi de terreau aux guerres fratricides ultérieures [32].

Or, dès lors qu’il s’agit d’exploitation de ressources humaines et naturelles, dès lors qu’il s’agit d’assujettissement, qui plus est par la force de la baïonnette et du canon, à grands renforts de méthodes intimidantes, on ne peut pas s’autoriser à parler de bienfaits, de limitation des dégâts, et encore moins à se dégager de toute responsabilité. Parce que c’est la dignité qui est en cause. La dignité, la plus cardinale des valeurs dont la recherche, pour maints penseurs, est le moteur de l’histoire ; c’est en son nom, sous tous les cieux et de tous les temps, que des peuples entiers se sont révoltés et continuent de se révolter. N’étant pas monnayable, on ne saurait faire d’elle bon marché.

Et puis, disons-le clairement : sans compter qu’elles étaient des œuvres de mort – elles furent bâties sur des milliers de vies –, les infrastructures réalisées par le colonisateur auxquelles Nicolas Sarkozy fait allusion étaient destinées à servir les besoins d’expansion économique de la France. Étudions les tracés des routes et des chemins de fer, de l’hinterland vers la côte maritime : ils servaient à écouler vers la métropole les matières premières des colonies, café, cacao, huile de palme, gomme, coton, minerai, en vue de les transformer.

L’orientation systématique de l’économie vers la monoculture aux fins de ravitailler les usines de la métropole contribua à enrichir cette seule métropole et à appauvrir les Africains. En effet, l’Afrique n’a eu qu’à jouer le rôle subalterne de pourvoyeur au marché international de produits de base assujettis aux aléas des cours mondiaux fixés par les bourses occidentales. De plus, la subordination de l’économie africaine à l’économie européenne a eu comme conséquence de détourner les Africains des cultures vivrières ; elle signa, de ce fait, l’un des actes fondateurs de la pénurie en produits céréaliers qui secoue l’Afrique en ce moment [33].

Telle est la réalité de l’Afrique, qui, aujourd’hui, traîne comme un boulet les structures coloniales, et est encore soumise aux lois drastiques du marché international.

En outre, si bienfaits il y a également eu, n’appartient-il pas d’abord aux Africains de le reconnaître ? Un proverbe malien dit : « On est mieux louangé dans la bouche de quelqu’un d’autre que dans sa propre bouche. »

Et de bienfaits, parlons-en justement. L’Afrique ne peut-elle se targuer aussi d’avoir apporté à la France, singulièrement quand elle était sous sa domination ? Nicolas Sarkozy parle, dans son discours, du sang des Africains versé pendant les guerres mondiales. Le prix du sang n’a pas d’égal, mais l’Afrique a été d’un autre apport pendant ces guerres. C’est à Brazzaville, qui a été pendant trois ans la capitale de la France libre (1940-1943), que le général de Gaulle a lancé un autre cri d’assaut contre Hitler et le régime de Vichy. Il faut ajouter que l’Afrique a fourni aux dissidents leur trésor de guerre : impôts de capitation, emprunts, souscriptions, en plus des matières premières, caoutchouc, coton, etc. La ville de Kayes, au Mali, a abrité le trésor en or de la France durant l’occupation allemande.

Laissons la parole au héros de la France libre, qui reconnaît et salue à sa valeur réelle l’apport incommensurable des colonies dans l’effort de guerre pendant la grande guerre de 1939-1945. C’était dans un vibrant discours plaidoyer prononcé à Bamako le 8 mars 1953, au cours d’une tournée sous-régionale qui l’avait conduit à Dakar où il avait été invité par le Grand Conseil de l’AOF pour présider l’inauguration d’un monument élevé à la mémoire de Félix Éboué [34]. Saluant Félix Éboué, le gouverneur de la colonie du Tchad, voilà ce que, entre autres déclarations, le général de Gaulle livre – et nous sommes bien sous domination coloniale :

  • Dans la tempête que l’ambition nazie déchaînait sur le monde, il serait, pour sûr, un résistant. Le 3 juillet 1940, il m’avait écrit. Nous nous mîmes d’accord. Au jour fixé il le proclama et, du coup, prit place au premier rang de ceux dont l’action nous vaudrait la victoire. En même temps, le fait accompli par lui à Fort-Lamy, avec l’aide de Colonna d’Ornano, de Marchand, de Laurentie, et que Pleven allait aussitôt sanctionner sur place en mon nom, marquait le début d’une série d’événements qui auraient, à leur tour, les prolongements les plus étendus. Dans l’immédiat et comme cela avait été prévu et préparé, l’initiative prise au Tchad était, le lendemain, utilisée au Cameroun que ralliaient Leclerc et Boislambert, le surlendemain à Brazzaville où Larminat, aidé par Delange et Sicé, prenait les fonctions de haut-commissaire, en Oubangui où Saint-Mart se déclarait aussitôt. Ainsi une base était fournie à la France libre pour participer aux opérations d’Érythrée, d’Abyssinie, de Libye et mener celles du Fezzan. Ainsi la souveraineté belligérante de la France pouvait s’exercer en terre française, en attendant que le Gabon, Madagascar, Djibouti, La Réunion, l’Algérie, le Maroc, l’Afrique occidentale, la Tunisie fussent tour a tour incorporés dans l’entreprise de la victoire à laquelle tous nos territoires, y compris ceux d’Amérique, d’Asie, d’Océanie, apportèrent tant d’efforts et tant de sacrifices [35].

Ce témoignage montre bien que c’est grâce à ses colonies que la France a rejoint le peloton des nations victorieuses, qu’elle a sauvé son honneur.

En réactivant le mythe de la mission civilisatrice de la France et celui des « bienfaits » de la colonisation, Nicolas Sarkozy adopte une posture manichéenne qui situe le bien en Occident et le mal en Afrique, la civilisation en Occident, la barbarie et les guerres sanglantes en Afrique. Faut-il comprendre que les tyrans sanguinaires, les esclavagistes, les dirigeants corrompus ou les collaborateurs de causes avilissantes et ignominieuses seraient une singularité africaine ? Nul besoin de s’enfoncer dans la vastitude du temps pour se convaincre du contraire. Il y a à peine soixante ans, l’Europe n’était-elle pas un champ de ruines, ravagé par le régime nazi auquel un certain Pétain donna son appui en imposant un régime d’exception en France ? Dachau, Birkenau, Auschwitz, plus près de nous Sarajevo n’appartiennent-ils pas à l’histoire de l’Europe ?

Défis et leçons d’Histoire

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En soulevant des polémiques orageuses autour d’événements complexes appartenant à l’histoire partagée des peuples pour se donner la part belle, Nicolas Sarkozy prend des risques là où l’humilité est de mise. S’il y a des valeurs à réveiller aujourd’hui, ce sont certainement la solidarité, le partenariat, l’écoute, le partage, dans le respect de l’autre. Plutôt que de brandir le choc des civilisations, c’est leur dialogue qu’il faudrait promouvoir.

« Remuer les paroles anciennes est mauvaise chose », dit une parole de sagesse africaine ; cela peut engendrer des conséquences fâcheuses dont la « cristallisation du ressentiment » qui, à son tour, peut déboucher sur des déflagrations sociales. L’historien français Marc Ferro a bien décrit ce phénomène [36] sous un ciel pourtant non africain.

C’est là que se situe certainement la fonction sociale du métier d’historien. Cet observateur du temps doit éviter à la fois l’amnésie et le trop-plein de mémoire, dans la mesure où ces pathologies menacent la cohésion sociale. Comment ? Dans ce dialogue de cultures, l’Afrique profonde a sa réponse.

En Afrique, de façon générale, l’incubation temporelle est une posture culturelle ; le traditionniste, qui se confond avec l’historien et le sage, stocke l’information historique. « Toute parole a un moment pour être dite ; toute parole n’est même pas faite pour être dite », disent les gardiens du verbe en Afrique ; c’est pourquoi la manipulation de la parole n’est pas laissée à tout le monde. Qu’est-ce à dire ? Que dans la restitution des faits révolus, le dépositaire du savoir – l’historien – doit prendre en compte les débats et les conflits qui agitent la société. L’intelligence du moment idoine pour fournir une information est donc une responsabilité dont il est investi [37].

Par sa capacité de garrotter les falsifications de l’histoire et les interprétations arrangeantes, la communauté des historiens, à son tour, peut servir à prévenir les conflits, à « désamorcer les griefs », à faire « preuve de vertus thérapeutiques », pour reprendre les mots de Marc Ferro.

Mais là ne se situe pas seulement le rôle de l’historien ; il doit aussi se battre pour que ne marchent pas sur ses platebandes ceux qui – singulièrement les hommes politiques – entendent instrumentaliser l’histoire au mépris des méthodes et des outils de la recherche historique.

Le discours de Nicolas Sarkozy aura en tout cas donné l’occasion aux historiens de mesurer l’ampleur des stéréotypes entêtés sur l’histoire de l’Afrique. Il les aura également alertés sur l’exigence de vigilance qui devrait faire partie de leur métier. Nombreuses ont été les réactions à mon appel – plus de quatre cents ; elles émanent à la fois d’historiens et de citoyens de tous bords. Les textes proposés ont été évalués par un comité scientifique, mais compte tenu du nombre élevé de contributions qui nous ont été adressées (plus de 45) et de l’impossibilité matérielle de les faire figurer toutes dans cet ouvrage, nous avons décidé, avec l’éditeur, de nous en tenir à la lettre de mon appel, adressée aux historiens. La priorité a donc été donnée à ceux-ci. Nonobstant, la majeure partie des autres contributions, essentiellement en sciences humaines, sont domiciliées sur le site Internet de l’association Mémoire Afrique (<http://memoireafrique.com/>) où elles pourront être consultées.

Le souci d’équilibre entre historiens du Nord et du Sud et entre différentes régions géographiques de l’Afrique, en y incluant la diaspora, a guidé le choix des membres du comité scientifique, composé de chercheurs venants d’Afrique, de Martinique, de France, d’Italie et d’Allemagne [38]. Bien sûr, je n’ai pas la prétention d’avoir réuni l’ensemble des experts africains et africanistes autour de ce projet. Tant s’en faut. Nonobstant, il y a là un échantillon assez représentatif.

Chacun des auteurs a été libre du choix de son sujet, dans la mesure de sa compétence académique, tout comme il a été libre de son contenu dès lors qu’il se situait sur un plan purement scientifique. Le souci d’objectivité interdisait simultanément la langue de bois, à telle enseigne qu’on découvrira dans ce corpus des thèses qui parfois s’opposent, ce qui témoigne en l’occurrence de la vigueur du débat entre intellectuels et souligne d’autant mieux l’inanité des leçons que prétend leur asséner le président Sarkozy sur ce terrain.

Les contributions retenues ont été regroupées en quatre parties qui abordent chacune un versant particulier du discours de Dakar. La première – « Qui a dit que l’Afrique n’avait pas d’histoire ? » – s’attache directement à réfuter l’idée absurde de l’anhistoricité et de l’immobilité du continent. La seconde – « Un discours d’un autre âge ? » – s’efforce de comprendre l’origine des stéréotypes et les raisons de la pérennité des préjugés concernant l’Afrique en France. La troisième – « Qui est responsable des “difficultés actuelles” de l’Afrique ? » – déconstruit l’entreprise de restauration du mythe de la mission civilisatrice de la France et de son action bienfaitrice et souligne les séquelles de l’esclavage puis de la conquête coloniale. Enfin, la dernière partie – « Qui a parlé de Renaissance africaine ? » – interroge l’avenir que Nicolas Sarkozy est « venu proposer » à l’Afrique et lui oppose les pistes que les Africains s’efforcent de développer pour leur propre compte.

Nous espérons également que cet ouvrage collectif provoquera, par-delà son objectif fondamental, un déclic pour remettre en perspective les défis qui se posent à l’Afrique, et inventer les outils méthodologiques devant accompagner cette ambition. Ces défis, l’Afrique les vit : la lutte contre la faim et la pauvreté ; l’accès à un environnement plus sain, à l’eau potable, aux soins ; la formation et l’éducation ; l’éradication des maladies endémiques ; l’accès pour les femmes et les paysans à la terre, aux semences et aux fertilisants, au crédit bancaire ; la lutte contre la fracture numérique, qui se creuse.

Là ne sont pas les seuls défis. Un autre chantier attend d’être ouvert par les historiens de l’Afrique : l’histoire des peuples. Elle reste encore à écrire, loin des cours royales et des palais présidentiels, à l’abri de toute tentative de manipulation.

Adame Ba Konaré

Adame Ba Konaré, ancienne première dame du Mali, est historienne, militante du Mouvement démocratique malien, présidente-fondatrice du Musée de la Femme Muso Kunda de Bamako et de la fondation humanitaire Partage. Elle a publié une dizaine d’ouvrages consacrés à son pays, parmi lesquels Quand l’ail se frotte à l’encens, (Présence Africaine, 2006), L’Os de la parole. Cosmologie du pouvoir (Présence Africaine, 2000) et le Dictionnaire des femmes célèbre du Mali (Éditions Jamana, 1993).

L’enseignement du fait colonial dans une perspective d’histoire mondiale


par Tayeb CHENNTOUF

SOMMAIRE

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La colonisation fait partie, sans doute possible, des événements dont le poids et la mesure sont lourds dans l’histoire. Si elle semble avoir aujourd’hui disparu, à l’exception de quelques confettis, elle pèse fortement sur les pays devenus indépendants et dans les relations internationales. Le passé colonial suscite toujours des débats politiques tant dans les anciennes colonies et métropoles qu’entre les premières et les secondes. La loi française du 23 février 2005 sur le « rôle positif de la colonisation » en est la parfaite illustration.

Dans le domaine de la recherche, la colonisation a fait l’objet d’une abondante littérature dans le passé. Après une brève éclipse, elle connaît un renouveau avec la multiplication des thèses, colloques, ouvrages et articles de revue qui lui sont consacrés. De nouvelles questions sont posées, de nouveaux objets définis et de nouvelles approches expérimentées.

Ce renouvellement ne trouve pas toujours et partout sa traduction concrète dans l’enseignement du fait colonial. Comment enseigner la colonisation dans nos pays ? Quels programmes et quels manuels concevoir, et quelle formation des professeurs assurer ?

L’évaluation des programmes et des manuels maghrébins et français montre, à l’évidence, que la colonisation est enseignée dans des perspectives strictement nationales. Une perspective d’histoire mondiale rendrait mieux compte de la complexité du phénomène. Les retombées didactiques concerneraient, à la fois, la chronologie, les concepts et le vocabulaire, les contenus et les documents utilisables en classe. Il deviendrait alors possible de préparer des séquences d’enseignement.

L’enseignement de la colonisation : des perspectives nationales

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L’enseignement de l’histoire est dominé, depuis son institutionnalisation à la fin du XIXe siècle, par une finalité quasi unique : construire la nation et renforcer la conscience nationale. À plus d’un siècle de distance, les instructions officielles et les programmes maghrébins réaffirment cette finalité assignée à la discipline et symbolisée par le rôle d’Ernest Lavisse.

En France, à l’exaltation de la colonisation et de l’empire succède l’occultation de la décolonisation et de la guerre d’Algérie. Les programmes et les manuels ont fait l’objet de nombreuses études critiques en France même. Les réalités didactiques sont moins bien connues.

La lecture des manuels fait ressortir de nombreuses lacunes. L’enseignement de la colonisation se réduit à une vulgate minimale. L’absence de bilan de la colonisation se retrouve dans tous les manuels. À travers des informations ponctuelles et souvent indirectes, le bilan de la colonisation française apparaît comme positif pour la colonie et, dans une moindre mesure, pour la puissance coloniale [39]. Les enseignants considèrent que les manuels abordent la colonisation de manière trop discontinue puisqu’elle ne figure au programme qu’en classe de 4e et de 1re. Ils critiquent aussi l’impasse faite sur les méthodes des conquêtes coloniales (guerre et violence de toutes sortes) et sur le système colonial lui-même (inégalité et autoritarisme administratif et politique) [40].

En 2001, Maurice T. Maschino a fait une enquête auprès des enseignants sur le déroulement des cours consacrés à la colonisation [41] : « On n’insiste pas trop, reconnaît un instituteur, sur les mauvais côtés de la colonisation. » En classe de 4e des collèges, « rien n’est dit aux élèves qui abordent le partage du monde des méthodes (exactions et pillages) utilisées. Le système colonial et les résistances qu’il suscite sont évacués ». Il y a un grand vide, admet une enseignante, « entre la mise en place du système impérialiste et sa contestation ».

La décolonisation est intégrée dans les programmes de classe terminale entrés en application en 1962. Elle est introduite dans les collèges en 1971 et, dans les années 1980, elle est abordée en 4e, 3e, 2de et terminale. Dans cette dernière classe, la décolonisation de l’Algérie est répartie dans trois chapitres : la décolonisation et les relations internationales, la IVe et la Ve République. L’approche privilégie l’histoire intérieure française, la décolonisation n’étant plus qu’un appendice de celle-ci.

La guerre d’Algérie [42] peut théoriquement être étudiée dans les lycées dès les années 1960 avant même qu’elle ne soit terminée. Elle s’inscrit dans la partie du programme consacrée à la naissance du monde contemporain (de 1914 à nos jours) et dans celle qui concerne les relations internationales à partir de 1962. Actuellement, tous les élèves de l’enseignement secondaire rencontrent la guerre d’Algérie en classe de 3e et en terminale dans le cadre des chapitres sur la France depuis 1945 et la décolonisation. L’expression « guerre d’Algérie » apparaît dans les manuels en 1971 seulement et il faut attendre les manuels de 1983 pour la voir traitée de manière systématique en même temps que les autres guerres coloniales.

Aujourd’hui encore, elle fait l’objet de vifs débats franco-français, algéro-algériens et franco-algériens. Sa réception par les élèves peut être appréciée grâce à une enquête auprès des jeunes Français âgés de 17 à 30 ans. Elle a été réalisée par l’université de Paris 8 puis publiée et commentée par Le Monde sous le titre : « Guerre d’Algérie : la mémoire apaisée [43] ». 69 % des jeunes interrogés affirment avoir entendu parler de la guerre d’Algérie d’abord par la télévision puis par leurs professeurs. Ils sont 80,5 % à considérer que ce sujet est insuffisamment traité à l’école [44].

Dans les pays du Maghreb, dès les indépendances politiques, les finalités de l’enseignement de l’histoire s’inscrivent également dans des perspectives nationales. Il s’agit de construire des identités et de renforcer la cohésion sociale. Les réformes en cours ne modifient pas de manière qualitative ces orientations [45]. Paradoxalement, elles sont davantage centrées sur les identités nationales. Les nouveaux programmes et manuels mettent l’accent sur les résistances à l’occupation coloniale et les luttes pour l’indépendance. Comparativement aux deux pays voisins, la guerre d’indépendance occupe en Algérie une place stratégique.

Deux manuels conformes aux nouveaux programmes sont édités au Maroc en 2003 pour les classes de 8e et 9e année de l’école fondamentale [46]. Le premier est divisé en deux parties. La première, relative à l’Europe du XVIIe au XIXe siècle, traite des changements économiques (la révolution industrielle) puis les deux Révolutions, américaine et française, enfin de l’impérialisme européen au XIXe siècle. La seconde, soit au total seize cours, traite le monde musulman face aux offensives européennes du XVIIe au XIXe siècle : l’Empire ottoman (deux cours), l’Algérie, la Tunisie et la Libye (un cours chacun), l’Afrique avant et après la conquête coloniale (deux cours). Le reste, soit neuf cours, est consacré à l’histoire du Maroc, des débuts de la dynastie alaouite au protectorat français en passant par les interventions et la pénétration européenne au XIXe siècle.

Le manuel de 9e année est lui aussi divisé en deux parties. La première porte sur les événements mondiaux : Première Guerre mondiale, Révolution russe, crise économique mondiale et Seconde Guerre mondiale. La seconde est entièrement consacrée aux mouvements de libération dans le monde : au Moyen-Orient (trois cours), au Maghreb (neuf cours dont six sur le Maroc), en Afrique (un cours) et en Asie (un cours). Le manuel se termine par deux questions relatives aux mutations mondiales après 1945 : les changements internationaux et le développement scientifique et technologique et ses conséquences.

En Tunisie, les réformes ont touché essentiellement la période contemporaine. Elles modifient de manière sensible l’approche du nationalisme tunisien, de ses acteurs et de la place de Habib Bourguiba. Elles introduisent également une rupture dans la présentation des réactions locales face au protectorat français. Les résistances étaient absentes dans les manuels de la génération précédente alors que les nouveaux insistent sur les réactions face à la conquête coloniale. Elles sont incorporées pour la première fois dans les programmes. Le manuel de 6e année de l’école élémentaire analyse le rôle de résistants comme Hassan ben Abd al-Aziz et Ali al-Sid. Le manuel de 7e année précise que « les colonisateurs français ont imaginé que leur occupation du pays serait une simple promenade de courte durée. Or, les habitants leur ont fait face avec toute leur force mais avec des moyens limités. Les colonisateurs n’ont réussi à dominer totalement la Tunisie qu’après de longues années [47] ».

La structure qualitative des programmes et des manuels n’est guère différente en Algérie, sauf que la guerre d’indépendance (1954-1962) y tient une place plus déterminante.

À l’école élémentaire, l’enseignement de la discipline est entièrement consacré aux résistances à la colonisation et à la guerre d’indépendance. Les programmes détaillent les objectifs retenus. En 5e et 6e années, il s’agit de donner une première culture à l’élève pour exploiter les archives, classer les événements, les analyser et en tirer les conclusions logiques. Il s’agit ensuite de former l’élève au respect de l’histoire et de l’inciter à la recherche en histoire de l’Algérie grâce à la présentation de documents glorifiant le peuple algérien et sa lutte contre la colonisation. Il s’agit, enfin, de former des générations qui défendent les ancêtres et qui croient aux objectifs de la Révolution algérienne pour construire une société nouvelle.

Les objectifs spécifiques à chaque année sont encore plus parlants. Pour la 5e année, les élèves doivent avoir une bonne connaissance du Front de libération nationale (FLN) et de l’Armée de libération nationale (ALN) ainsi que de leurs bases populaires, se faire une image claire et honorable de la Révolution algérienne avec la mise en évidence de la lutte du peuple algérien, respecter les « chouhadas » (martyrs de la guerre d’indépendance) et les prendre comme modèle, enfin de renforcer le sentiment national et les résultats acquis grâce à la lutte du peuple algérien. En 6e année, les élèves doivent connaître les conditions du peuple algérien et la place de l’Algérie dans le monde, la politique coloniale et les pratiques oppressives de la colonisation, avoir une image claire et positive de la lutte du peuple algérien et connaître les héros de la Révolution algérienne.

Les manuels cherchent à traduire ces objectifs sur le plan pédagogique. L’élève algérien entre en contact avec l’histoire dès la 5e année de l’école fondamentale. Après trois chapitres introductifs consacrés aux notions de temps, de document et d’événement historique, la totalité du manuel est consacrée à la guerre d’indépendance. En 6e année, la colonisation et les résistances sont abordées toute l’année. Le nouveau manuel (2004) présente la situation de l’Algérie avant la colonisation, les causes et les méthodes de la conquête coloniale, les résistances à l’occupation (bataille de Constantine, soulèvement de l’émir Abd al-Kader), les méthodes du colonialisme (peuplement, exploitation des richesses et atteintes à la personnalité), les luttes contre le colonialisme français (insurrections jusqu’en 1881 et luttes politiques jusqu’au début de la Révolution de novembre 1954). Les programmes et les manuels des niveaux moyen et secondaire consacrent également une large place à la colonisation et à la guerre d’indépendance sous des intitulés quasi identiques à ceux des 5e et 6e années. La lutte armée, qui occupe une place relativement modeste dans les programmes et manuels tunisien et marocain est au fondement de l’identité nationale en Algérie [48].

La colonisation dan une perspective d’histoire mondiale

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La crise des États postcoloniaux dans la décade 1980-1990, la mondialisation et les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis relancent, dans un nouveau contexte, les débats sur la colonisation et, plus largement, sur les rapports entre l’Occident et l’Orient. La loi française du 23 février 2005 provoque d’ardentes polémiques en France et en Algérie. Le bilan colonial est, de nouveau, au centre des débats. Des hommes politiques, des médias et des historiens tentent de réévaluer le rôle de la colonisation. Ils passent sous silence ses conséquences durables et profondes sur les rapports des colonisés à la modernité.

Jusqu’en 2005, ces controverses ne touchent pas le grand public. Dans le domaine de la recherche, Jacques Marseille arrive à la conclusion que pour certains financiers, chefs d’entreprises et hauts fonctionnaires, les nécessités de la modernisation de l’économie française étaient incompatibles avec les charges qu’imposait l’entretien de l’empire colonial et qu’il fallait faire revenir dans la métropole les ressources disponibles [49]. Daniel Lefeuvre développe un point de vue assez proche pour le cas limité de l’Algérie [50].

L’adoption par le parlement français d’une loi le 23 février 2005 semble trancher dans les débats et considérer que la colonisation a été positive. Elle provoque aussitôt des réactions en France et, avec un décalage, en Algérie. La loi, dite Fillon, stipule que « la Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française » (art. 1), et recommande « que les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la France outre-mer […] la place qu’elle mérite » et que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer » (art. 4) [51].

La loi ne déclenche pas de débat politique particulier mais la réaction des historiens français qui interviennent surtout dans les médias et à travers le réseau Internet où de nombreux sites sont créés. Une association est formée pour rappeler les méthodes et les résultats de la colonisation. Elle réaffirme le principe de la liberté dans la recherche et dans l’enseignement de l’histoire [52].

En Algérie, la presse considère, dans un premier temps, que les problèmes soulevés, par la loi sont d’abord et avant tout franco-français. Elle adopte un ton neutre pour relater les débats puis rendre compte des réactions officielles algériennes. À l’occasion du 60e anniversaire du 8-mai 1945, le président de la République compare les fours à chaux dans lesquels ont été brûlés plusieurs Algériens, prés de Guelma, aux fours nazis. Un mois plus tard, le 7 juin, c’est au tour du Front de libération nationale de condamner la loi « avec la plus grande fermeté », parce qu’elle justifie « la barbarie coloniale en gommant les actes les plus odieux ». Les parlementaires réagissent à leur tour dans un projet de résolution appelant le Parlement français à abroger la loi. Abdelaziz Bouteflika intervient de nouveau, à partir de Tlemcen, pour critiquer « le négationnisme et le révisionnisme », demander que la colonisation soit reconnue comme « un crime contre l’humanité » et dénoncer une entreprise de « dé-civilisation » des colonisés [53].

Au-delà des méthodes et du bilan colonial, le débat porte bien sur le sens de la colonisation. Que représente-t-elle dans l’histoire des pays colonisés et dans leurs rapports avec l’Europe ? À l’échelle de l’histoire mondiale, elle s’inscrit dans les trois temps forts de la mondialisation. Nolens, volens, elle représente la voie qu’emprunte, sous la contrainte et la domination, la modernité historique dans les pays placés sous la domination coloniale.

Le premier temps fort se situe au début du XVIe siècle ; il fait suite aux « voyages de découverte » et à l’expansion maritime européenne. Pour la première fois, la navigation et l’échange commercial mettent en connexion l’Europe, l’Asie, l’Afrique et l’Amérique sous l’égide de l’Europe. Elle est symbolisée par le commerce triangulaire atlantique dans lequel la traite négrière occupe une place importante.

Le deuxième temps fort démarre dans les années 1870-1914. Suzanne Berger considère que cette période est celle de notre première mondialisation [54]. Dans la littérature marxiste, le partage du monde entre les puissances européennes relève de l’impérialisme. Cette seconde mondialisation est symbolisée par le Congrès de Berlin de 1885. Elle élargit considérablement le domaine colonial, les connexions et les échanges régionaux et mondiaux. Elle se prolonge après la Première Guerre mondiale avec les mandats octroyés par la Société des nations (SDN) à la France et à l’Angleterre surtout au Proche-Orient.

« La situation coloniale », définie très tôt par Georges Balandier et Immanuel Wallerstein, inclut les colonisateurs et les colonisés, les contacts et les échanges entre eux, mais aussi les tensions et les conflits qui donneront naissance aux nationalismes. Les notions d’acculturation et de changement social [55] ont pour ambition, dans les années 1950-1960, d’expliquer ces transformations.

En fait, l’histoire des colonisés devient l’histoire des colonisateurs, et l’histoire des colonisateurs l’histoire des colonisés. L’histoire du Maghreb devient celle de la France et l’histoire de la France celle du Maghreb. La colonisation fait partie intégrante de l’histoire de France. La construction de l’État, de la République, de la nation est inséparable de la colonisation. Plus largement, celle-ci est partie prenante active de la modernité occidentale. L’histoire de l’Europe ne peut-être pensée en dehors et sans la colonisation sauf à être, une fois de plus, ethnocentriste.

Dans les colonies, l’historien marocain Abdallah Laroui a bien relevé, pour son pays, que le protectorat français et le général Lyautey réalisent avec succès les réformes que les sultans tentaient d’appliquer, en vain, à la fin du XIXe siècle et au début du siècle suivant [56]. Karl Marx, traitant de la colonisation britannique de l’Inde, souligne son caractère ambivalent. Son approche a été critiquée ou, au mieux, passée sous silence par la suite. Elle présente la colonisation comme un formidable agent de changement et de transformation de l’Inde.

Le revers de la colonisation est, néanmoins, la traditionalisation des sociétés colonisées et la perversion de leurs rapports à la modernité. La colonisation s’est volontiers présentée comme une avancée de « la civilisation contre la barbarie ». Elle est loin d’avoir réalisé ce programme. Les limites de la colonisation sont géographiques, sociales, culturelles et politiques. La colonisation définit très tôt un domaine géographique utile qu’elle sépare du reste du territoire. Il intègre les zones maritimes, les plaines agricoles et les régions riches en matières premières. Au Maghreb, par exemple, le Sahara n’acquiert de l’intérêt qu’à partir des années 1955-1956 avec l’exploitation des hydrocarbures. Les limites des transformations économiques et sociales ressortent bien des études consacrées au sous-développement dans les années 1950-1960. L’enquête réalisée par Pierre Bourdieu sur l’Algérie à la fin de la période coloniale [57] donne une idée précise des conditions de vie et des difficultés à formuler des projets pour l’avenir.

La traditionalisation est aussi forte dans le domaine politique. La colonisation britannique s’appuie sur un petit corps de soldats, un groupe limité d’administrateurs et la chefferie traditionnelle qui est intégrée dans la gestion administrative des territoires. L’Inde en est le parfait exemple. Au Maroc, la politique de traditionalisation est systématisée par le général Lyautey. Sa gestion du protectorat cherche à préserver le cadre traditionnel en maintenant les « hiérarchies naturelles », « le décor chérifien », tout en transformant le pays en une « Californie française ». Cette politique est poursuivie jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

C’est surtout dans le domaine culturel et de la pensée, difficilement quantifiable, que la colonisation a les effets les plus intenses et les plus durables. Elle débouche sur la perversion des rapports des colonisés à la modernité.

L’illégitimité de la colonisation, parce qu’étrangère, discrédite gravement la modernité pour une large part des élites et de la population. Les témoignages ne manquent pas. Les réformes impulsées par les sultans marocains Sidi Mohammed et Moulay abd al-Rahman sont considérées comme des innovations blâmables (bidâa), contraires à l’esprit de l’islam. Le chroniqueur Al-Naciri traduit bien le sentiment général dans son ouvrage l’Istiqsa. Il considère que « l’adoption des manières étrangères n’est d’aucun profit ; c’est au contraire la tradition et l’isolement qui seraient la seule solution pour renforcer le royaume face aux interventions étrangères. En Algérie, la scolarisation et la médecine coloniale se heurtent à une profonde résistance jusqu’à la fin du XIXe siècle [58].

Au XXe siècle, les ouvrages de Frantz Fanon [59] et d’Albert Memmi [60], qui sont contemporains de la colonisation et de la décolonisation, fourmillent de données précises, concrètes et situées sur l’ampleur des dégâts causés à la psychologie et aux comportement des Maghrébins. Mostefa Lacheraf ne cesse en Algérie, à travers ses nombreuses études, de signaler le rôle de la colonisation dans les carences de la lutte anti-coloniale et le nationalisme [61].

Aujourd’hui encore, la culture et la pensée politique n’ont pas encore tranché tout à fait les nœuds gordiens de la modernité : raison, liberté, devenir. Assimilée à la colonisation et à l’étranger, elle est récusée à ce double titre. La pensée dissocie la modernité en séparant ses aspects techniques et matériels, les plus visibles, et les fondements philosophiques, à savoir la conception du monde et l’action sur le monde. L’essence du fait colonial est sans doute d’avoir privé les colonisés de faire leur propre histoire.

L’enseignement du fait colonial

SOMMAIRE

Quelles retombées didactiques ? Comment enseigner le fait et l’événement colonial ? Comment les intégrer dans les curricula et les exposer à de jeunes enfants et à des adolescents ? Dans une perspective d’histoire mondiale, l’enseignement de la colonisation soulève, au moins, quatre problèmes.

Le premier concerne la chronologie qui demeure problématique aussi bien pour les grandes mutations de l’histoire que pour la période des XIXe et XXe siècles. Il faut également relever le décalage entre la recherche et les programmes officiels.

De nombreux ouvrages et colloques sont consacrés à la colonisation et aux colonies. Certains remontent à la Grèce et à Rome. La période médiévale serait aussi celle de la colonisation. Marc Ferro, qui a coordonné une Histoire des colonisations fait remonter celle-ci au XIIIe siècle pour la terminer au XIXe [62]. Situer les débuts de la colonisation au XVIe siècle rencontre un plus large consensus chez les historiens. Le second ouvrage de M. Ferro sur ce sujet, Le Livre noir du colonialisme, porte d’ailleurs en sous-titre : XVIe-XXIe siècles : de l’extermination à la repentance  [63].

Les programmes et les manuels sont, pour leur part, centrés exclusivement sur les XIXe et XXe siècles. L’enseignement de l’histoire au Maghreb reprend, tout en la discutant, la chronologie générale d’origine européenne. L’histoire continue d’être découpée en périodes ancienne, médiévale, moderne et contemporaine. La chronologie relative à la période contemporaine est plus discutée. En Algérie, 1830, année de la conquête et des débuts de la colonisation française, n’est plus considérée comme une sorte de degré zéro de l’histoire. L’histoire de l’Algérie est inscrite dans des évolutions de plus longue durée. En Tunisie, les nouveaux programmes ont subi un double infléchissement. Le nationalisme tunisien ne naît plus dans les années 1930 en réaction au protectorat français et grâce à l’action de Habib Bourguiba comme antérieurement. Il s’inscrit dorénavant dans le réformisme du XIXe siècle et serait donc antérieur au protectorat. De la même manière, la chronologie privilégie les mutations internes plutôt qu’externes. Elle commence en 1881 et non pas en 1914 et la Première Guerre mondiale comme cela était le cas précédemment. Enfin, l’histoire de la Tunisie est séparée de l’histoire mondiale.

Le second problème est relatif aux concepts et au vocabulaire utilisés. Ils ont des contenus et des sens extrêmement variables d’un auteur à l’autre. Ce sont surtout les usages multiples des vocables de « colonisation » et de « colonie » qui prêtent le plus à discussion. Pour Marc Ferro, la colonisation n’est pas seulement le fait de l’Occident. Elle a existé dans le monde arabe et ottoman alors que la Russie et le Japon réalisent plus tardivement leur expansion territoriale [64]. À partir de 1900, « coloniser » acquiert un sens nouveau. Dans les dictionnaires, « coloniser un pays (ou un peuple) revient à le soumettre au statut de colonie, c’est à dire de dépendance [65] ».

Les différences entre colonie, protectorat et mandat portent sur le statut des territoires dépendants et leurs rapports avec les métropoles. En France, par exemple, la Tunisie et le Maroc relèvent du ministère des Affaires étrangères alors que l’Algérie relève du ministère de l’Intérieur. Dans les protectorats, les États précoloniaux continuent d’exister sous le contrôle d’un résident général alors que dans les colonies ils sont détruits par la guerre. Les pays sous mandat, définis juridiquement par la SDN, sont appelés, en principe, à devenir indépendants à brève échéance.

Les notions de colonialisme et d’impérialisme apparaissent à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Ils sont plus utilisés dans la littérature politique produite par les colonisés et les anti-colonialistes. Les colonisés parlent davantage de colonialisme que de colonisation. En 1955, la conférence de Bandung (Indonésie) proclame que « le colonialisme dans toutes ses manifestations est un mal auquel il doit être mis fin rapidement, que la soumission des peuples au joug de l’étranger, à sa domination et à son exploitation était une négation des droits fondamentaux de l’homme, contraire à la Charte des Nations unies ». L’expression « néocolonialisme » est employée pour la première fois en 1965 par Kwame Nkrumah, Premier ministre du Ghana indépendant. Elle désigne « la situation d’un État indépendant en théorie et doté de tous les attributs de la souveraineté, qui a, en réalité, sa politique dirigée de l’extérieur ».

Le vocable d’impérialisme est forgé par les économistes avant d’être repris par le marxisme. Rudolf Hilferding et Lénine lui consacrent des ouvrages – Le Capital financier (1910), et L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916).

Tous ces concepts et vocables ne trouvent pas toujours leurs équivalents exacts dans la langue arabe. Le vocabulaire le plus utilisé dans les manuels comprend : Ihtilal, Isti’mar, Imperialia, Qawmia, Thawra. Le premier est proche du mot français « conquête » ou « occupation » ; le second de « peuplement », de « colonisation » et de « colonialisme ». Le troisième est une arabisation du mot impérialisme. Les quatrième et cinquième renvoient à « nationalisme » et à « révolution » ou « soulèvement ».

Le troisième problème concerne les contenus des manuels et les séquences d’enseignement. La transposition didactique ne doit pas se traduire par une trop grande simplification de la complexité du fait et de l’événement colonial. Elle pourrait s’articuler autour de trois questions synthétiques.

La première s’intitulerait l’« histoire inégale » et s’inscrirait dans une perspective d’histoire comparée entre l’Europe et le reste du monde vers 1815. L’avance de l’Europe et l’accumulation de moyens techniques et matériels seraient exposées. Elles seraient suivies par les étapes et les méthodes de la conquête et de la colonisation.

La seconde traiterait la situation coloniale elle-même. Elle aborderait les structures et leur permanence dans le temps de la colonisation et de la domination. Elle inclurait la présentation des colonisateurs, celle des colonisés et des échanges entre eux dans tous les domaines.

La troisième s’intéresserait aux tensions et aux conflits. Le résultat le plus palpable de la colonisation et le renforcement et/ou l’émergence de mouvements nationalistes vigoureux. Ils présentent trois aspects : la fabrication des imaginaires nationaux, les luttes légales anticoloniales, les luttes armées et la décolonisation.

Le quatrième et dernier problème a trait à la documentation utilisable en classe ou dans les manuels. Elle est abondante mais produite en grande partie par le colonisateur. Elle doit être rééquilibrée par les points de vue des colonisés.

La disponibilité de documents d’origine coloniale a pour conséquence d’occulter les voix des colonisés. La situation coloniale, les luttes politiques puis les guerres d’indépendance n’ont guère été favorables à la conservation des archives. Cependant, une presse en langue arabe était publiée dans les trois pays du Maghreb par les partis politiques et les associations pendant la colonisation. Elle a été, totalement ou partiellement, réimprimée après les indépendances. De nombreux témoignages oraux ou écrits ont été ou sont publiés. Le phénomène a pris une grande ampleur depuis la décade 1980-1990. La littérature, la poésie et les traditions populaires permettent d’aller au delà de la vision des élites.

Tayeb CHENNTOUF est professeur d’histoire moderne et contemporaine à l’Université d’Oran, où il coordonne les recherches sur l’histoire de l’Algérie, de l’Afrique et de la Méditerranée occidentale et dont il préside le Comité national d’évaluation de la recherche en histoire et en archéologie et le Comité d’éthique. Auteur de plusieurs ouvrages, dont un manuel sur Le Monde contemporain (OPU, 1983), il a consacré plusieurs communications à la recherche et à la didactique de l’histoire. Il travaille actuellement sur les conséquences culturelles et politiques de la mondialisation.

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LES AUTEURS

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Pierre Boilley est professeur d’histoire contemporaine de l’Afrique à l’Université Paris 1-Panthéon-Sorbonne, et directeur du Centre d’études des mondes africains (CEMAf, CNRS). Il a publié, entre autres ouvrages, Les Touaregs Kel Adagh. Dépendances et révoltes : du Soudan français au Mali contemporain (Karthala, 1999), Amidou Mariko, Mémoires d’un crocodile. Du sujet français au citoyen malien (Éditions Donniya, Bamako, 2001).

Tayeb Chenntouf est professeur d’histoire moderne et contemporaine à l’Université d’Oran, où il coordonne les recherches sur l’histoire de l’Algérie, de l’Afrique et de la Méditerranée occidentale et dont il préside le Comité national d’évaluation de la recherche en histoire et en archéologie et le Comité d’éthique. Auteur de plusieurs ouvrages, dont un manuel sur Le Monde contemporain (OPU, 1983), il a consacré plusieurs communications à la recherche et à la didactique de l’histoire. Il travaille actuellement sur les conséquences culturelles et politiques de la mondialisation.

Catherine Clément, ancienne élève de l’École normale supérieure, agrégée de philosophie, a été successivement maître de conférences à la Sorbonne (1964) puis à Paris I-Panthéon-Sorbonne, chef de rubrique culture au Matin de Paris, directrice de l’AFAA au ministère des Affaires étrangères avant d’accompagner l’ambassadeur Lewin en Inde, en Autriche et au Sénégal. Elle a publié une quarantaine d’essais et de romans ; à la demande de Jean-Marc Roberts, elle publiera ses mémoires chez Stock en février 2008.

Catherine Coquery-Vidrovitch est professeur émérite à l’université Paris 7. Elle a notamment publié L’Afrique occidentale au temps des Français (La Découverte, 1992), Histoire des villes d’Afrique noire (Albin Michel, 1993) et Des victimes oubliées du nazisme. Les Noirs et l’Allemagne dans la première moitié du XXe siècle (Le Cherche Midi, 2007). Ses travaux lui ont valu le Distinguished Africanist Award de l’African Studies Association et les insignes de commandeur de la Légion d’honneur.

Drissa Diakité, docteur en histoire et diplômé en linguistique appliqué, est professeur à l’Université de Bamako. Il fut doyen de la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines qu’il dirigea jusqu’en 2006. Spécialiste de l’histoire des sociétés africaines au sud du Sahara avant la période coloniale, il est l’auteur de nombreuses publications sur la tradition orale, les empires soudanais du VIIIe au XVIe siècle, les processus ethniques, l’Islam et les dynamiques sociales des mouvements confessionnels.

Boureima Alpha Gado est historien et socioéconomiste du développement rural à l’Université Abdou Moumouni de Niamey (Niger). Ses recherches sur l’environnement et l’insécurité alimentaire au Sahel lui ont valu un prix de recherche du CNRS. Il est auteur de nombreux travaux, dont Une histoire des famines au Sahel (L’Harmattan, 1993) et Vingt ans de prévention des crises alimentaires au Sahel (en collaboration avec R. Blein et A. Sow, CILSS, décembre 2004).

Daouda Gary-Tounkara, docteur en histoire de l’Afrique, est chercheur associé du Laboratoire Sedet/université Paris 7 et chargé de cours en histoire de l’Afrique à l’université Paris 7. Dans le cadre de deux programmes de l’Agence nationale de la recherche (ANR, Les Suds), il mène actuellement des recherches sur les mobilités à Sikasso (Mali) et le franchissement de la frontière fédérale par les migrants de l’Afrique occidentale française (AOF).

Sandra Fagbohoun a soutenu en juin 2006 un doctorat d’anthropologie sur la construction des savoirs philosophiques en milieu traditionnel moose (Burkina Faso). Aujourd’hui chargée de mission au Centre international d’études pour le développement local (CIEDEL) à Lyon, elle poursuit son travail de recherche sur l’éducation morale et les revendications identitaires dans le contexte de la mondialisation.

Éric Huysecom est professeur au département d’anthropologie et écologie de l’Université de Genève et professeur associé au département d’histoire et d’archéologie de l’Université de Bamako. Il a cofondé la Mission archéologique et ethnoarchéologique suisse en Afrique de l’Ouest, qu’il dirige actuellement. Auteur de nombreuses publications sur l’archéologie africaine, il a également réalisé en 1995 un documentaire sur la fabrication du fer chez les Dogon du Mali : Inagina, l’ultime maison du fer.

John O. Igué, ancien professeur de géographie à l’Université nationale du Bénin est actuellement directeur scientifique du Laboratoire d’analyse régionale et d’expertise sociale (LARES) à Cotonou (Bénin).

Bogumil Jewsiewicki est titulaire de la chaire de recherche du Canada en histoire comparée de la mémoire et Professeur d’histoire à l’Université Laval au Québec. En 2006, il a reçu le Distinguished Africanist Reward de l’African Studies Association et le Distinguished Africanist Anthropologist Award de l’Association of Africanist Anthropologists, American Anthropological Association. Il est membre du Centre d’études africaines (EHESS/CNRS) et du comité de rédaction des Cahiers d’études africaines.

Adame Ba Konaré, ancienne première dame du Mali, est historienne, militante du Mouvement démocratique malien, présidente-fondatrice du Musée de la Femme Muso Kunda de Bamako et de la fondation humanitaire Partage. Elle a publié une dizaine d’ouvrages consacrés à son pays, parmi lesquels Quand l’ail se frotte à l’encens, (Présence Africaine, 2006), L’Os de la parole. Cosmologie du pouvoir (Présence Africaine, 2000) et le Dictionnaire des femmes célèbre du Mali (Éditions Jamana, 1993).

Doulaye Konaté, archéologue et historien, est ancien recteur de l’Université de Bamako. Il préside actuellement l’Association des historiens africains (AHA). Il a consacré différents travaux et études à l’urbanisation en Afrique de l’Ouest avant la colonisation, au patrimoine malien, archéologique notamment, aux questions identitaires de l’Afrique contemporaine à travers le thème de la mémoire, des mémoires et de leur relation à l’histoire et à l’identité nationale. Il vient de publier à ce sujet : Travail de mémoire et construction nationale au Mali (L’Harmattan, 2006).

Olivier Le Cour Grandmaison est enseignant en sciences politiques et philosophie politique à l’Université d’Evry-Val-d’Essonne. Il est notamment l’auteur de Faut-il avoir la haine ? (L’Harmattan, 2003) et Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’État colonial (Fayard, 2005).

Kinvi Logossah est spécialiste de l’histoire ancienne, de l’anthropologie et de la sociologie des sociétés d’Afrique noire. Économiste, il est professeur des universités et directeur du département d’Économie de l’Université des Antilles et de la Guyane, campus de Schoelcher, Martinique.

Hassimi O. Maïga, ancien directeur régional de l’Éducation du Mali. Spécialiste de sciences de l’éducation, il travaille sur l’histoire de l’éducation, les curricula et les langues (anglais et soŋoy-senni). Aujourd’hui consultant en éducation, il poursuit une carrière universitaire nationale mais aussi internationale, surtout en Amérique du Nord, où il continue ses activités de recherche et d’enseignement.

Elikia M’Bokolo, ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé d’histoire, est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Il a publié de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’Afrique, dont L’Afrique au XXe siècle : le continent convoité (Seuil, 1985), Au cœur de l’ethnie (dir. avec Jean-Loup Amselle, La Découverte, 1999) et Afrique noire : histoire et civilisation (2 vol., Hatier, 2008). Producteur de l’émission « Mémoire d’un continent » sur RFI, il est l’auteur d’Afrique : une histoire sonore, 1960-2000 (coffret de 7 CD avec Philippe Sainteny, Frémeaux, 2001).

Isidore Ndaywel è Nziem est historien, professeur titulaire à l’université de Kinshasa (RDC), membre correspondant de l’Académie royale des sciences d’outre-mer (ARSOM) en Belgique, chercheur associé au Centre des mondes africains (CEMAF) de l’université Paris I-Sorbonne et directeur honoraire à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Jadis, professeur aux universités de Lubumbashi, de Brazzaville et de Québec, il a également été directeur d’études associé à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

Alioune Sall est docteur en sociologie. Il dirige l’Institut des Futurs Africains, basé à Pretoria en Afrique du Sud, qui apporte un appui technique aux pays et organisations africaines en matière de réflexion prospective. Auteur ou co-auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Afrique 2025 : Quels futurs possibles pour l’Afrique au sud du Sahara ?, La compétitivité future des économies Africaines, il a été le co-rapporteur de la Première Conférence des intellectuels d’Afrique et de la diaspora organisée sous l’égide de la Commission de l’Union africaine sur le thème de l’intégration et de la renaissance africaine.

Kléna Sanogo, archéologue, est directeur général de l’Institut des sciences humaines de Bamako. Auteur de nombreuses publications sur l’archéologie malienne, il a également été directeur du musée national du Mali et président de l’Association ouest-africaine d’archéologie. Il travaille actuellement sur les tumuli pierriers de la zone sahélienne du Mali et participe au programme « Paléoenvironnement et peuplement humain en Afrique de l’Ouest » de la Mission archéologique et ethnoarchéologique suisse.

Djohar Sidhoum-Rahal poursuit un double cursus en philosophie et en droit. Elle est titulaire d’un DEA en philosophie, d’un master en droit pénal, d’un master bilingue en droit français-droit anglo-américain mention droit international de l’Université Paris X et prépare un master II en théorie du droit à Paris X/EHESS/ENS. Elle est par ailleurs co-auteure d’un album de rap, Identité en crescendo (Universal Jazz), et présidente de l’association Identités et mémoires algériennes (IEMA).

Sébastien Dossa Sotindjo, enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, Cotonou (Bénin), a soutenu une thèse de doctorat en histoire à l’Université Paris 7 en 1995. Il a publié plusieurs articles sur le thème « histoire et développement ».

Ibrahima Thioub est professeur à l’Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar (UCAD) dont il dirige le département d’histoire. Auteur de nombreuses publications sur l’histoire de l’enfermement pénal en Afrique, président de l’Association de recherche ouest-africaine et membre du bureau de l’Association des historiens africains (AHA), il est rédacteur de la revue Afrika Zamani publiée par l’AHA. Il a édité en 2007 l’ouvrage Patrimoine et sources historiques en Afrique (Université Cheikh-Anta-Diop, Union académique internationale).

NOTES

[1] Cheikh Anta Diop est un savant sénégalais, qui aura dédié sa vie à la réhabilitation de l’histoire africaine. Après son décès brutal survenu en 1986, les autorités et intellectuels sénégalais décidèrent de donner son nom à l’université de Dakar.

[http://info.France3.fr/France/34916821-fr.php] .

[2] « L’homme africain et l’histoire », Le Monde, 27 juillet 2008.

[3] Dans le débat télévisé qu’il a accordé à la télévision le 24 avril 2008 à l’occasion de la fin de sa première année de mandature à la tête de la République, il proclame cette ambition, alors qu’à la date du 23 avril, les sondages le classent en dernière position (40 %) du classement des chefs d’État ayant le mieux représenté la France de son époque. Charles de Gaulle (88 %) vient en tête de peloton, suivi de François Mitterrand (74 %), Georges Pompidou (69 %), Jacques Chirac (66 %), Valéry Giscard D’Estaing (56 %) : sondage CSA publié dans Le Parisien du 24 avril 2008.

[4] Marx Gallo, Fier d’être français, Fayard, Paris, 2006

[5] Le livre qui a fait le plus de bruit est celui du journaliste Stephen Smith, Négrologie. Pourquoi l’Afrique meurt, Calmann-Lévy, Paris, 2003.

[6] Au moment même où nous bouclons cette introduction, nous avons pris connaissance de deux textes publiés par Philippe Laburthe-Tolra, le président de la Société des africanistes, dans Africanistes, (n° 2, janvier 2008, rubrique « Tribune libre ») L’un, intitulé « D’Alfred Sauvy au Mogho-Naba », est signé de Jean Poirier, Professeur honoraire à l’université de Nice, et l’autre d’André Savelli, Professeur agrégé au Val-de-Grâce. Si le premier s’enlise dans les « bienfaits de la colonisation » qu’il remet au goût du jour, le second est carrément une « Lettre ouverte à Monsieur Bouteflika, Président de la république algérienne » à qui il égrène les « bienfaits » de la colonisation. Leur contenu, en accointance avec le discours de Nicolas Sarkozy, a été jugé « contestable, voire méprisant pour les Africains » ; ils ont, de ce fait, suscité indignation et colère parmi les membres même de la Société des africanistes qui, dans une lettre ouverte, ont tenu à alerter leur milieu professionnel « sur les dangers d’une dérive idéologique ».

[7] En plus des articles d’Achille Mbembe, d’Ibrahima Thioub, de Catherine Coquery-Vidrovitch, de Boubacar Boris Diop ou de Jean-François Bayart, tous parus sur le Net (, , ), vient d’être publié un ouvrage collectif sous la direction de l’ancien ministre sénégalais Makhily Gassama, intitulé L’Afrique répond à Sarkozy, Éditions Philippe Rey, Paris, 2008 ; suivi d’un second signé par Jean Pierre Chretien (dir.), L’Afrique de Sarkozy, un déni d’histoire, Karthala, Paris, 2008.

[8] Cité par Achille Mbembe, « L’Afrique de Nicolas Sarkozy », Africultures, rubrique « Histoire et colonie », « Sarkozy et l’histoire », , 1er août 2007, p. 2.

[9] Les idées majeures de ces historiens « positivistes » sont notamment exposées dans le manifeste rédigé par Gabriel Monod en 1876 pour lancer la Revue historique et dans maints manuels universitaires : voir entre autres Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, Hachette, Paris, 1898. Voir également, entre autres travaux de synthèse, Guy Bourdé et Hervé Martin, Les Écoles historiques, Seuil, Paris, 1997 [1983].

[10] Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, Introduction aux études historiques, op. cit., p. 1.

[11] A. P. Newton, cité par J. D. Fage, « L’évolution de l’historiographie de l’Afrique », in Histoire générale de l’Afrique, Unesco, Paris, 1980, t. 1, p. 53.

[12] Voir entre autres Maurice Delafosse, Le Haut-Sénégal-Niger, 3 t., Maisonneuve & Larose, Paris, 1913. Ces thèses, il est vrai, ont été par ailleurs amplifiées par les chroniqueurs islamisés locaux, n’ayant eux-mêmes d’autre point de mire que l’Arabie ou le Yémen. Voir à ce propos, par exemple, les chroniques de Tombouctou, rédigées dans la deuxième moitié du xviie siècle, Tarikh el-Fettach de Kati et Tarikh es-Soudan de Saadi (Maisonneuve & Larose, Paris, 1913).

[13] Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien, A Colin, Paris, 1941 [réed.1964].

[14] Cette phrase aurait été prononcée pour la première fois par A. H. Ba à la Conférence générale de l’Unesco le 18 novembre 1960 sous la formulation : « En Afrique, quand un vieillard traditionaliste meurt, c’est une bibliothèque inexploitée qui brûle. » Reprise à d’autres occasions par l’auteur, sa formulation aura été altérée au fil du temps, mais le fond reste le même. Nous avons retenu l’énoncé le plus usité.

[15] Jan Vansina, De la tradition orale : essai de méthode, Mémoire n° 36 du Musée royal d’Afrique centrale, Tervuren, 1961 ; on en trouve un très bon résumé dans l’Histoire générale de l’Afrique sous le titre : « La tradition orale et sa méthodologie », ch. 7, p. 167-190.

[16] Voir notamment Joseph ki-zerbo, « Introduction générale », in Histoire Générale de l’Afrique, t. I, Méthodologie et préhistoires africaine, Unesco/NEA, 1995 [1980] ; p. 27 et suiv. Voir également son célèbre ouvrage, Histoire de l’Afrique noire : d’hier à demain, Hatier, Paris, 1972, p. 12.

[17] Voir Yves Coppens, « L’Afrique : berceau de l’humanité », in Les Rendez-vous de l’Histoire, Blois, 2003, Éditions Pleins Feux, Nantes, 2004, p. 29 et suiv.

[18] Devenu Institut fondamental d’Afrique noire avec l’indépendance (1960), puis Institut fondamental Cheikh Anta Diop après la mort du savant.

[19] Voir la bibliographie générale commentée à la fin de ce livre.

[20] Voir entre autres écrits : Nations nègres et culture, Présence Africaine, Paris, 1955, et L’Afrique noire précoloniale, Présence africaine, Paris, 1960.

[21] Voir aussi Ibrahima Baba Kaké, Combats pour l’histoire africaine, Présence africaine, Paris, 1982, et la collection qu’il initia dans les années 1970-1980 aux Nouvelles Éditions africaines (NEA), « Grandes figures de l’histoire africaine ».

[22] Histoire générale de l’Afrique, 8. vol., Unesco/NEA, Paris, 1980, 1984, 1986, 1989, 1995 ; éd. abrégée : Unesco, Edicef, Présence africaine, Paris, 1998.

[23] Citons, à titre d’exemple, dès 1961, le livre du Hongrois André Sik, Histoire de l’Afrique noire, Akad. Kiado, Budapest, 1961.

[24] Jacques Godfrain, L’Afrique, notre avenir, Michel Lafon, Paris, 1998.

[25] Voir ces témoignages contemporains dans Ibn Fad Allah al-Omari, Massalik el-Absar fi mamalik el Amsar, 1336-1338, L’Afrique moins l’Égypte (trad. et annot. M. Gaudefroy-Demombynes), Geuthner, Paris, 1927.

[26] Voir les chroniques de Tombouctou, Tarikh el-Fettach et Tarikh es-Soudan, op. cit.

[27] Histoire Générale de l’Afrique, op. cit.

[28] Cité par Guy Bourdé et Hervé Martin, Les Écoles historiques, Seuil, Paris, 1997 [1983], p. 205.

[29] C.-R. Jouve, Leçons d’histoire et de civilisation. Cours élémentaire des écoles indigènes et cours préparatoires des écoles françaises de l’Algérie et de l’Orient, Belin, Paris, 1893. Voir aussi G. Bourdé et H. Martin, Les Écoles historiques, op. cit.

[30] Sur l’enseignement dans les colonies françaises, voir Denise Bouche, L’Enseignement dans les territoires français de l’Afrique occidentale de 1871 à 1920 : mission civilisatrice ou formation d’une élite ?, t. II, H. Champion, Paris, 1975.

[31] Georges Hardy, Une conquête morale : l’enseignement en AOF, Armand Colin, Paris, 1917, p. 240.

[32] Après la conférence de Berlin, en 1885, les puissances coloniales s’étaient partagé l’Afrique dans le mépris souverain des entités sociales et linguistiques.

[33] Le détournement des cultures vivrières vers les cultures de rente sera renforcé un siècle plus tard par les politiques d’ajustement structurel des institutions internationales, Banque mondiale et Fonds monétaire international (FMI). En effet, à partir des années 1980, ces institutions encouragèrent les chefs d’État africains à s’orienter vers les cultures d’exportation pour rembourser leurs dettes.

[34] Félix Éboué, d’origine antillaise, fut nommé le 25 août 1940 gouverneur du Tchad, que de Gaulle décrivait comme « le plus solitaire, le plus dur, le plus exposé de nos territoires de l’Afrique noire ».

[35] Discours et Messages du général de Gaulle, t. II, Dans l’attente, 1946-1958, Plon, Paris, 1970, p. 576 à 580.

[36] Marc Ferro, Le Ressentiment dans l’histoire. Comprendre notre temps, Odile Jacob, Paris, 2007, p. 201.

[37] On a eu un exemple édifiant de cette posture avec le griot traditionniste malinké, Wa Kamissoko, qui a donné une version complètement renouvelée sur les débuts de l’histoire de l’empire du Mali lors des colloques organisés par la Fondation SCOA (Société commerciale de l’Ouest africain pour la recherche scientifique en Afrique noire) en 1974 et 1975 à Bamako. Il considérait que le moment était favorable à une telle révolution.

[38] Pierre Boilley (historien, Université Paris 1, France), Tayeb Chenntouf (historien, Université d’Oran, Algérie), Catherine Coquery-Vidrovitch (historienne, Université Paris 7, France), Pierrette Herzberger-Fofana (Professeur de lettres, Université d’Erlangen-Nuremberg, Allemagne), Adame Ba Konaré (historienne, Mali), Doulaye Konaté (historien, Université de Bamako, Mali), Kinvi Logossah (historien, Université des Antilles et de la Guyane, Martinique, France), Achille Mbembe (historien et philosophe, Wiser Institute, Johannesburg, Afrique du Sud), Elikia M’Bokolo (historien, EHESS, France, RDC), Vittorio Morabito (historien, Université de Catane, Italie), Isidore Ndaywel è Nziem (historien, Université Paris 1, France, Université de Kinshasa, RDC), Adebayo Olukoshi (historien et secrétaire exécutif du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique [Codesria], historien, Nigeria), Sylvia Serbin (journaliste et historienne, France), Ibrahima Thioub (historien, Université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, Sénégal).

[39] F. Lantheaume, « L’Enseignement de l’histoire de la colonisation de l’Algérie depuis les années 30 : États-nation, identités nationales, critique des valeurs. Essai de sociologie du curriculum », thèse de l’EHESS, Paris, 2002.

[40] « Les manuels scolaires », in Apprendre et enseigner la guerre d’Algérie et le Maghreb contemporain, CRDP, Versailles, 2002, p. 180.

[41] M. T. Maschino, « La décolonisation telle qu’on l’enseigne », Le Monde diplomatique, février 2001.

[42] Cette dénomination correspond à l’usage français, alors qu’en Algérie d’autres appellations sont utilisées dans le discours politique, les médias et la recherche. J’ai utilisé dés les années 1990 le terme de « guerre d’indépendance ».

[43] 27 février 1992. Aucune enquête systématique n’a été faite au Maghreb sur les résultats de l’enseignement de l’histoire et sa réception par les jeunes. La presse publie néanmoins des opinions de professeurs, de parents d’élèves et des lycéens. Algérie-Actualité, un hebdomadaire qui a aujourd’hui disparu, a réalisé une enquête non systématique qui a été publiée (n° 1098, 30 octobre 1986).

[44] Voir « Guerre d’Algérie : la mémoire apaisée », loc. cit., et les Actes du colloque « La guerre d’Algérie dans l’enseignement en France et en Algérie », IMA-CNDP, Paris 1993.

[45] La réforme est appliquée en Tunisie en 1991 ; Le Maroc et l’Algérie sont engagés dans l’élaboration de nouveaux programmes et manuels.

[46] Maison d’édition marocaine, Casablanca, 2003.

[47] Driss Abassi, « Le traitement de la période coloniale dans les manuels scolaires tunisiens de 1980 à 1998 : entre histoire et mémoire », Annuaire de l’Afrique du Nord, t. XL, 2002.

[48] T. Chenntouf, « La naissance d’une discipline scolaire. L’histoire en Algérie », in C. Kosher-Spohn et F. Rengen, Trauma Algerienkrieg, Campus Verlag, Francfort, 2006.

[49] J. Marseille, Empire colonial et capitalisme français. Histoire d’un divorce, Albin Michel, Paris, 1984.

[50] D. Lefeuvre, Chère Algérie. Comptes et mécomptes de la tutelle coloniale (1830-1962), Flammarion, Paris, 2005 [1997].

[51] Journal officiel de la République française, 24 février 2005.

[52] Un groupe d’enseignants et d’historiens lancent le 25 mars dans le journal Le Monde une pétition intitulée : « Colonisation : non à l’enseignement d’une histoire officielle. »

[53] Jeune Afrique/L’Intelligent, n° 2319, 19-25 juin 2005 ; Le Monde, 1er juillet 2005.

[54] S. Berger, Notre première mondialisation, Seuil, Paris 2003.

[55] I. Wallerstein (dir.), Social Change : the Colonial Situation, J. Wiley and Sons, New-York, 1966.

[56] A. Laroui, Les Origines sociales et culturelles du nationalisme marocain, Maspero, Paris, 1977 [rééd. 1993].

[57] P. Bourdieu (avec A. Darbel, J.-P. Rivet, C. Seibel), Travail et travailleurs en Algérie, Mouton, Paris-La Haye, 1963.

[58] T. Chenntouf, Le Maghreb au présent, Office des publications universitaires, Alger, 2003 (notamment le chapitre consacré au Maghreb postcolonial).

[59] F. Fanon, Les Damnés de la terre, La Découverte, Paris, 2004 [1961].

[60] A. Memmi, Portrait du colonisé, précédé de Portrait du Colonisateur, Gallimard, Paris, 2002 [1954].

[61] M. Lacheraf, L’Algérie, nation et société, Maspero, Paris, 1962.

[62] M. Ferro, Histoire des colonisations. Des conquêtes aux indépendances, Hachette, Seuil, 2001.

[63] M. FERRO, LE LIVRE NOIR DU COLONIALISME, HACHETTE, « PLURIEL », 2004 [2003].

[64] Ibid.

[65] Sur ces évolutions sémantiques, se reporter à G. Perville, De l’empire français à la décolonisation, Hachette, Paris, 1993.