Rada Iveković, philosophe et indianiste à la forte formation linguistique, à la démarche politique et féministe, est née à Zagreb en 1945. Elle a fait ses études à Belgrade, Zagreb et à Delhi. Elle a enseigné la philosophie au Département de philosophie de l’Université de Zagreb de 1975 jusqu’en 1991. Après un bref détour par l’Université de Paris-7, elle a enseigné au Département de philosophie de l’Université de Saint-Denis (Paris-8) de 1992-2003. Elle a enseigné à l’Université de Saint-Étienne, a été directrice de programme au Collège international de philosophie, Paris (2004-2010) textes & activités : où elle continue à le faire de temps en temps. Elle a été professeure invitée, notamment dans les universités de Pennsylvania (Philadelphie), de Johns Hopkins (Baltimore), de Graz, de Rome-La Sapienza, ainsi que "senior visiting fellow" au Asia Research Institute de la National University of Singapore (2013). Elle est l’auteur d’une vingtaine de livres de philosophie, d’indianisme et de contre-indianisme, d’essais variés, de quelques manuels et de nombreux articles, en plusieurs langues. Voir les pages de couverture des livres en deroulant vers le bas de la page du blog du CIPh.

Les textes du séminaire CIPh de 2011 sont provisoirement affichés sur la "Page des programmes heberges" de TERRA : http://www.reseau-terra.eu/article1... http://www.ciph.org/activites.php?r...
Précédemment, enseignements de philosophies principalement aux universités de Zagreb, de Paris-VIII, de Saint-Étienne et, de 2004-2010, directrice de Programme au Collège international de philosophie (Paris). Nombreuses invitations à d’autres universités.
Rada Iveković est membre de l’équipe éditoriale de TERRA,
Membre du Comité scientifique de Oecumene. Citizenship after Orientalism, Open University, Milton Keynes (Londres), http://www.oecumene.eu/,
Membre du Comite éditorial international de l’African Yearbook of Rethoric (AYOR), Capetown/Le Cap, http://www.africanrhetoric.org/,
Membre de la revue Transeuropéennes, www.transeuropeennes.eu,
Ancienne directrice de programme au Collège international de philosophie, Paris (2004-2010).
Pour voir les pages de couverture des livres, http://ciph.org/blog/?p=158, en deroulant vers le bas de page du blog du CIPh.
J’ai travaillé pendant plusieurs années, entre les disciplines, sur le rapport entre la construction de la nation et le genre ou la différence des sexes ; il en est résulté plusieurs articles puis deux livres en français publiés chez deux différents éditeurs, en plus de publications en d’autres langues. Mon intérêt pour cette thématique venait de mon expérience personnelle de la partition, autre sujet qui a retenu mon attention pendant longtemps.
Les deux s’inscrivent pour moi dans la recherche sur le partage de la raison. Le sexe n’est en effet qu’une scission première de/dans la pensée, un partage de la raison avant qu’elle ne (se) réfléchisse. On peut douter qu’il existe (au delà du biologique) en dehors des fantasmes et de la construction hétérosexuelle normative, productrice de clivages, ou bien sûr de l’expérience intime. Du sexe biologique qui ne nous est accessible qu’informé par la culture à l’écart social et politique entre les sexes, il y a un saut de dimensions : de l’imaginaire au réel, ou déjà du normatif au vécu. Or c’est en tant que partage de la raison que le sexe marque la citoyenneté et la nation, dont il maintient et reproduit les hiérarchies ; car la subordination des femmes les fonde l’une aussi bien que l’autre.
Le principe de maintien de l’identité, autrement dit – la souveraineté – immobilise. Il opère l’autofondation du propre par le partage de la raison. Les constructions telles que la différence des sexes, la nation, sont instrumentales à cet effet, et interdépendantes. Mais la conservation de la continuité est faite d’interruptions. De sorte que le prix de la communauté (sous l’égide de l’un-ego) est paradoxalement – ce qui sépare. Cette scission est la condition même de la communauté.
La différence des sexes est un tel « premier » différend, constitutif de la communauté et de la nation. Il est inquiétant de le voir continuer à être instrumental aux technologies du pouvoir même dans les conditions nouvelles – celles où la souveraineté fait place à la « gouvernance » dans un monde toujours plus éclaté. Nous sommes désormais dans la mondialisation accomplie. Quel est l’« au-delà » de la souveraineté ? C’est la surabondance de soi, un excès d’ego.
La politique est, sous cet aspect là, passion (une passion de soi-même) et « homodoxie ». Il n’est pas étonnant alors que la sexualité soit un enjeu de pouvoir pouvant aller jusqu’à sacraliser la domination dans de très différents régimes de technologie des pouvoirs. Mais la « différence des sexes », et plus encore le « genre », ne sont qu’une forme – fondamentale, car normative – du partage de la raison (qui traverse tous les régimes de pouvoir) ; ou de son arrêt. Ils sont ontologiquement « faibles », d’où leur caractère rituel, directif, suppléant à leur manque de substance.
Le sexe est une idée forte, constituante de l’« identité » sexuelle comme de toute identité. Il est cependant instrumental en tant que technologie du pouvoir justement, et ceci à tous les niveaux, y compris dans les partitions et balkanisations qui déchirent les esprits, les espaces politiques, les territoires ler corps et les "âmes". C’est ainsi que le lien se fait tout naturellement, dans ce travail, entre sexes/genres et Etats, entre guerres des sexes, guerres civiles ou guerres tout court, puisque la sexuation et le genre sont au cœur de la subjectivation et du politique.
Le sex/genre est également instrumental de nos jours dans la construction des inquiétants identitarismes racialisants qui font suite – en tant qu’autant de « remèdes » désespérés - à la fragmentation sociale, aux violences, aux guerres et aux migrations de masse opérées par l’économie néolibérale mondiale et l’oubli de la politique.
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